‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 271 sur 312 · Cf. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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2. li convient de ne pas oublier que les Pisistratides et leurs partisans exilés avec eux accompagnaient les Perses dans l’invasion en Attique, comme ils les avaient accompagnés déjà dans la descente à Marathon (Hérodote, VI, 107; Vil, 6-7; VIII, 54 ; Thucydide, VI, 59). La guerre nationale se doublait donc, pour les Athéniens, d’un retour offensif de leurs anciens tyrans.

3. La date 487, proposée par M. Corssen, impliquerait que l’érection du groupe d’Anténor fut due principalement à l’échec de la tentative faite par les Pisistratides à Marathon en compagnie des Perses; et pareillement le deuxième groupe, en 477, aurait été suscité par le désir de signifier la ruine nouvelle des espoirs que les Pisistratides avaient une fois encore fondés sur l’intervention des Perses. Mais n’est-ce pas là diminuer gravement la valeur d’un monument qui était, par excellence, aux yeux des Athéniens, un monu-

LES TYRANNOCTONES

ration du régime nouveau doit donc être admise de préférence pour l’inauguration même de l’œuvre d’Anténor; un intervalle de vingt-cinq à trente ans la séparerait de celle de Critios et Nésiotès.

Cette question de date aurait un moindre intérêt, si, comme on a pris l’habitude de le croire1, Critios et Nésiotès avaient, dans leur groupe, reproduit de mémoire, aussi exactement que possible, celui de leur prédécesseur. Mais cette croyance n’est fondée sur rien ; une copie de ce genre, sans être invraisemblable en soi, est pourtant contraire, d'une façon générale, aux naturelles tendances d’un art qui est encore dans la période de croissance et qui progresse toujours plus avant ; et nous ne voyons pas, en effet, que, pour aucun de leurs temples brûlés ou de leurs statues détruites, les Athéniens aient voulu, par un pieux respect du passé, « faire de l’archaïque »2. Le plus probable est donc que, entre le groupe d’Anténor et celui qui le remplaça, il n’y avait de commun que les données du sujet: cela suffisait sans doute pour qu’ils eussent une certaine ressemblance, mais non pour qu’ils fussent pareils ; ils étaient chacun de son temps, et l’on devait sentir dès l'abord qu’un assez long espace de temps les séparait3.

Après cet examen des alentours4, le problème se trouve

ment civique? Or, en diminuant l'importance du monument, on rend inexplicable la hâte que les Athéniens mirent à le relever. Car, que la cité ait tenu à rétablir les statues détruites ou enlevées par les Perses, comme les temples brûlés par eux, cela est tout naturel et peut se passer d’explication; mais ce qui frappe et oblige à une explication particulière, c'est que les statues des Tyrannoctones aient été refaites tout de suite, alors que tant d’autres choses attendaient et devaient attendre longtemps.

1. Cf. Sauer ,Anfænge d. statuai'. Grappe, p. 44; Collignon, Hist. sculpl. gr., 1, p. 310.

2. Cf. Arch. Jahrbuch , X, 1895, p. 203, 2' paragraphe de la note 26 (Hauser).

3. Ne doit-on pas interpréter en ce sens le mot de Pausanias (I, 8, 5)7 toùç àp/aioo;, appliqué aux statues d’Anténor par opposition aux deux autres? Cela veut dire : les anciennes, les premières en date ; mais cela ne veut-il pas dire aussi : les plus anciennes d'aspect et de facture?

4. On aurait pu espérer que, parmi les reproductions diverses qu’on possède des Tyrannoctones, se découvriraient des différences permettant de les rapporter respectivement aux deux originaux dilférents et, par là, de distinguer l’œuvre d’Anténor et celle de Critios et Nésiotès. 11 n’en est rien. M. Benndorf (. Annali , 1864, p. 304 sqq., surtout p. 323) avait cru pouvoir attribuer les statues du jardin Boboli (cf. Arndt-Amelung's Einzelaufn., 96-99) à Critios et Nésiotès et celles de Naples à Anténor. Mais tout le raisonnement échafaudé sur la comparaison de ces divers marbres entre eux s’est écroulé, puisque le prétendu « Aristogeiton » Boboli ne mérite pas grande confiance, et que le prétendu Harmodios est une simple figure d'athlète (cf Friederichs-

posé directement en ces termes : devant considérer, jusqu’à preuve formelle du contraire, les Tyrannoctones d’Anténor comme antérieurs à 500, et sachant d’une façon générale quel était l’esprit de la sculpture attique à la fin du vie siècle, pouvons-nous rapporter à cette date l’original des copies de Naples? Possédant une grande statue signée d’Anténor qui est antérieure à 500, et n’ayant pour nous renseigner sur les habitudes techniques et le style de l’artiste que ce seul témoignage, qui ne saurait par conséquent être récusé ni discuté, reconnaissonsnous dans les marbres de Naples la technique et le style d’Anténor? Telle a été la base des deux études principales qui ont été faites jusqu’ici du problème, et que j’ai rappelées plus haut : l’une de M. Studniczka, l’autre de M. Græf. Or, il est notable que M. Studniczka, de luimême, renonça vite à ses conclusions premières, et qu’il est aujourd’hui en plein accord avec M. Græf pour croire que les statues de Naples ne doivent pas être rapportées à Anténor1. — Les éléments d’appréciation que nous fournit l’étude de ces statues2 se ramènent à trois : 1° les torses nous disent la connaissance que l’auteur avait du corps humain et sa science dans le rendu des formes nues ; 2° la tète d’ Harmodios nous apprend quel type de physionomie il préférait et quel caractère il donnait au visage ; 3° enfin, comme les

Wolters, Gipsabgüsse, 121-124, fia de la note bibliographique; Furtwængler, Meisterw. gr. Plaslik , p. 346). Pour les petites reproductions (relief Broom Hall, monnaies, jetons en plomb, peintures de vases), elles paraissent dériver toutes du même modèle; et, comme M. Hauser {Arc h. Jahrbuch, X, 1893, p. 202, note 26) a remarqué que trois au moins de ces petits documents datent d’un temps où le groupe d’Anténor était encore exilé en Perse, ce modèle serait donc le groupe de Critios et Nésiotès : démonstration qui vaudrait singulièrement pour les statues de Naples. Mais, bien que j'attache de l’importance à la remarque de M. Hauser et qu’elle me semble apporter un sérieux indice de plus en faveur de Critios et Nésiotès, je n’oublie pas que les reproductions dont il s’agit sont des peintures ou reliefs minuscules, lesquels nous renseignent seulement sur la pose des personnages et la silhouette d’ensemble, et qu’il suffit donc, pour affaiblir leur témoignage, de supposer une certaine analogie de silhouette et d’attitude entre les deux groupes successifs. — Notons à part deux peintures de vases (S. Reinach, Répert. vases peints , 1, 382, 1; 449,2) se rapportant, la première probablement et la seconde certainement, àl'histoire des Tyrannoctones : les personnages y apparaissent vêtus et non groupés ensemble.

1. Cf. Athen. MiltheiL, XV, 1890, p. 1 ; Arch. Jahrbuch, X 1, 1896, p. 264, note 76.

2. 11 faut rappeler les restaurations importantes faites aux deux marbres : dans Aristogeilon , il manquait la tête et les bras; dans llarmodios , les bras, la jambe droite, la partie inférieure de la jambe gauche (cf. Friederichs- Wolters, Gipsabgüsse, p. 66).

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mutilations subies n’empêchent cependant pas qu’on ne puisse reconstituer avec une certitude quasi complète la pose et les gestes des deux statues (fig. 36-37)', nous sommes à même de les juger, non plus prises isolément ou par morceaux, mais en tant que groupe.

Ce qui subsiste des deux corps nous rend évident au premier regard que l’artiste avait fait une étude particulière des formes de l’homme et les connaissait bien. Ces torses pleins, un peu bombés, comme gonflés de vie et d’énergie, sont construits d’une façon irréprochable, et tout le détail en est rendu avec une science exacte et qu’on sent sûre d'elle-même, sans une omission et non plus sans excès. Si le type est different de celui qu’on rencontre dans le fronton occidental d’Ægine, le mérite de la facture y est à peine moindre ; et nulle infériorité de ce genre n’apparaîtrait, je pense, au cas où nous aurions conservé, en place de copies probablement affadies, le bronze original avec sa vigueur et sa netteté premières. Une certaine raideur, donnant l’impression de corps qui se meuvent tout d’une pièce et par mouvements un peu anguleux, est un souvenir de l’ancienne frontalité, dont la tyrannie vient seulement de prendre fin ; mais la majorité des figures d’Ægine non plus ne sont encore arrivées à une plus grande aisance des mouvements et souplesse des attitudes. Il n’apparaît donc pas que les Tyrannoctones doivent appartenir à une époque beaucoup plus ancienne que les marbres du temple d’Ægine. Pour être ce qu’ils sont, ils supposent l’existence derrière eux de quantité d’œuvres où, par une étude serrée détail après détail, la connaissance du corps humain, de sa charpente invisible et du jeu visible de ses muscles, se soit progressivement affermie. Ce n’est pas en Attique que cette longue étude a été faite, et ce

1. Les fit). 36-37 sont des agrandissements de deux photographies, que M. Michaelis m’a obligeamment communiquées et qu'il m’a autorisé à reproduire ; de quoi je le remercie beaucoup. Elles montrent la restauration qui a été exécutée des Tyrannoctones au Musée de moulages de l’Université de Strasbourg (cf. Michaelis, Slrassburger Antiken, p. 24-25, lig. 23-24). Non seulement les gestes des bras y sont plus justes que dans les statues restaurées de Naples, mais les troncs d’arbre et autres supports ont disparu, les deux plinthes séparées ont été réunies en une seule ; et l'on est ainsi rapproché, autant que possible, de l’original perdu. — M. Michaelis a bien voulu m’informer (fin juillet 4904) qu'une autre restauration du groupe, «plus exacte et plus complète » à son avis, venait d’être faite au musée de Brunswick et serait bientôt publiée par M. P. -J. Meier, directeur de ce musée; j’ai le regret de ne pas la connaître.

Fig. 36. — Les Tyrannoctones (Restauration par M. Michaelis).

Fig. 37. — Les Ti/rannoclones (Restauration par M. Michaelis).

n’est pas avant 500 que les Attiques ont profité de cette étude faite par d’autres qu’eux : les Géants du fronton de la Gigantomachie en sont une preuve. De plus, les corps nus que nous avons rencontrés postérieurement à 500 (métopes du Trésor des Athéniens , petit torse de l’Acropole1), en qui le dessin est le plus souligné et le modelé le plus précis, joignent à ces qualités nouvelles, comme pour les faire ressortir davantage, une maigreur et une sécheresse particulières du torse ; en aucun nous n’avons vu ces formes amples et vigoureusement développées des Tyrannoctones , lesquelles, au contraire, évoquent le souvenir des fortes carrures chères aux sculpteurs pélopounésiens. L’auteur s’est donc inspiré très directement de cet art « dorien », resté étranger à l’ancienne école attique, laquelle avait commencé seulement après 500 à en apprécier et imiter les produits2.

Pareillement, c’est dans la Grèce occidentale, non pas en Attique, qu’on retrouve les types de têtes les plus voisins de celle à' Harmodios. Cette constatation est fort importante, relativement à la possibilité de l'attribution à Anténor ; car, de la coré que nous avons conservée de lui, puisqu’il s’agit d'une statue de femme vêtue, il n’y a que la tête seule qui se prête à une comparaison directe avec les Tyrannoctones. Or, l’unique trait de ressemblance qu’on aperçoive entre la tête de la coré d’Anténor et la tête d ' Harmodios consiste en ces petites boucles de cheveux, détachées et frisées une à une, qui, chez Harmodios , recouvrent tout le crâne comme d’une calotte, et, chez la coré , courent sur trois rangs au dessous de la stéphané, d’une tempe à l’autre. Ressemblance, d'ailleurs, plus superficielle que profonde, ainsi que l'a montré M. Græf3; malgré l’apparence première, l’exécution des cheveux n’est en

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