‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 28 sur 312 · FRONTON DE L HYDRE · texte numérisé non relu

FRONTON DE L HYDRE

ciseau. Quelque partie de son œuvre que nous examinions, le défaut le .moins grave en est toujours « l’à peu près ». Il était loin de vraiment connaître le corps de l’homme ou les corps des animaux qu’il prétendait reproduire : je n’en donne pour preuve que l’attitude qu'il a imposée à la tête d’Iolaos, juste à l'inverse du torse et des jambes, d’où il faut conclure que cette tête avait la faculté de tourner entre les deux épaules comme une girouette sur son pivot. Une si grossière faute d’orthographe indiquerait, à elle seule, la mesure du savoir de l’artiste h

Et pourtant le fronton de l'Hydre n’est sûrement pas, nous l’avons dit, l'œuvre d’un débutant : on n’a jamais confié à un apprenti l’exécution d’un fronton. D’autre part, il est aisé de vérifier que, dans cette sculpture taillée en bas-relief très plat, les conditions propres à ce genre difficile ont été observées en général avec une certaine justesse : ce qui prouve sans doute que les premiers essais dudit genre étaient beaucoup plus anciens, et que les imagiers de la période du bois s’y étaient souvènt déjà exercés. Mais le long passé et les œuvres nombreuses que nous devinons derrière ce fronton, comme la supériorité (relative) que. nous sommes obligés d’attribuer à son auteur, rendent d’autant plus frappantes les fautes et les insuffisances signalées plus haut. C’estque la connaissance approfondie, raisonnée, anatomique du modèle est longue à acquérir; il y faut, aux débuts d’un art, plusieurs générations d'artistes se transmettant l’une à l’autre leur expérience sans cesse accrue ; et l’on comprend combien les progrès de cette étude doivent être lents, lorsque les artistes ne peuvent s’y donner tout entiers, le meilleur de leur attention et de leurs peines étant pris par les difficultés de la technique même. Plus tard, quand ils n’en seront plus à craindre une matière rebelle, ni à compter avec l’imperfection de leurs instruments, quand ils seront devenus maîtres de leur métier, c’est alors qu'ils compléteront leur connaissance de la figure humaine ; leur instruction de praticiens terminée, ils achèveront leur éducation d’artistes. — L'auteur du fronton de l’ Hydre était encore loin du but il atteindre; avec les instruments coupants dont il disposait, la

i. Même faute dans les sculptures d'Assos, pour deux des Néréides que inet en fuite le combat d'Héraclès et Triton : cf. Collignon, Hisl. sculpl. gr., I, p. 18o, fig. 86, A ; Perrot, Hisl. de l'art, VIII, p. 2.39, fig. 101.

pierre spongieuse et molle qu’il avait dû choisir, sa main déjà peu savante ne pouvait produire et n’a produit, en effet, qu’une œuvre d’un faible mérite artistique.

Mais cette œuvre, si médiocre en soi, est précieuse par la place qu’elle occupe dans l’art attique, par ce qu’elle nous révèle du passé de cet art et nous annonce de son avenir. Elle est à la limite de deux périodes : elle ferme la période du bois, elle ouvre celle de la pierre, et elle appartient aux deux à la fois, à l’une par la technique, à l’autre par la matière. Grâce à elle, nous apercevons jusqu’à quel point s’était déjà avancée la sculpture en bois, lorsqu’une circonstance que nous dirons plus loin obligea les artistes à se tourner définitivement vers la pierre. Et nous prévoyons aussi la succession des progrès futurs : du moment que les artistes ont à travailler la pierre, ils ne voudront pas s’en tenir à des espèces de pierre dont les défauts sont pires que ceux du bois ; leur ambition légitime sera de dompter les pierres les plus belles, fussent-elles aussi les plus dures, et le dernier terme de leur marche ne peut être que le marbre. Une telle ambition n’étant point réalisable avec leurs outils actuels, ils seront amenés par la force des choses à les perfectionner ou à les changer. Et de ces deux éléments réunis, outils nouveaux et matière nouvelle, naîtra nécessairement une technique nouvelle. — Nous allons suivre ces progrès sur les œuvres mêmes.

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