Cf. ci-dessus, p
et je ne doute pas qu’elle soit, ne fût-ce que pour cette raison1, postérieure à 480. Et nous voyons cependant qu’elle est restée, par le costume et la coiffure, entièrement conforme à l’ancien type de la coré ionienne; malgré l’absence de la tête, qui nous prive d’un important élément d’appréciation, personne n’hésitera à croire que son auteur continuait, par delà 480, la pure tradition attico-ionienne.
A la même tradition se rattachait également l'auteur du curieux relief en marbre, découvert près d’Athènes2, qui représente, dans deux cadres égaux juxtaposés, deux figures jumelles ( X Athéna , chacune des deux figures debout, casque en tête, la main droite haut levée sur la lance, le bras gauche ramenant le bouclier devant la poitrine. Ce n’est là qu’une petite sculpture votive, d’importance et de qualité médiocres, dont l’auteur n’était probablement qu’un marbrier du commun ; mais on sait que les ateliers de ces ouvriers secondaires étaient les satellites, plus ou moins conscients, des ateliers des maîtres, et que le style de leurs produits reflète donc celui des oeuvres de premier rang. Le relief de la double Athéna , dont la date parait être plus rapprochée de 460 que de 480, et qui nous montre pourtant la déesse dans l’attitude, sous le costume, et avec le sourire d’une coré ionienne du vie siècle, apporte une preuve nouvelle de la persistance, en plein ve siècle, du style propre à l’âge antérieur.
Mais la différence est que ce style ne règne plus exclusivement ; il n’occupe plus que la moitié du champ; à côté de lui un autre a pris place. Après 480, comme dans la période 500-4S0, il n’est pas une œuvre de la série attico-ionienne à laquelle on ne puisse immédiatement opposer une œuvre contemporaine de la série attico-dorienne. Ce que nous avons fait tout à l’heure pour les statues d’homme, spécialement pour les deux Ephèbes de l’Acropole, si voisins et si peu semblables, nous pouvons le faire de nouveau, en sens inverse, poulies figures de femme. Car on a retrouvé sur l’Acropole même quelques marbres, reliefs et statue, qui sont, en gros, du même temps que la statue dite d'Endoios et le relief de la
1. Sans parler des motifs qu’on peut tirer des circonstances de la découverte : cf. Au mus. de l'Acvop ., p. 441.
2. Mus. nat. d'Athènes , 82. Cf. ’Eqpvjpc. àpx-i 1890, pl. I, p. I sqq. (Mylonas).
double Athéna , et qui s’en distinguent néanmoins autant qu’il est possible.
Le premier à citer, par ordre d’ancienneté, est le relief des Charités. Sous le n° 1341 sont réunis, au musée de l'Acropole, les restes de trois répliques1 d’un bas-relief, dont l’ensemble nous est connu par une autre réplique, en excellent état, coi>
Fio. 40. — Fragments de bas-reliefs : les Charités (Acropole).
serrée au Vatican 2. Les trois Charités étaient représentées passant de droite à gauche (par rapport au spectateur), torse
1. Cf. Athen. Mitlheil ., III, 1818, p. 18 1 sqq. (Furtwængler).
2. Cf. Amelung, Slculpt. d. Vatican. Mus., I, 300, pl. 58 (bibliographie complète); Helbig, Ftihrer 2, 1, 85; Friederichs-Wolters, Gipsabgüsse, 118. — Les dimensions du relief du Vatican sont, d'après M. Amelung, 1”,43 en hauteur et 1",S7 en largeur.
et tête de face, se tenant l’une l’autre par la main et s’avançant selon le rythme d’une lente danse solennelle b Une comparaison avec le relief du Vatican permet d’identifier les fragments conservés au musée de l’Acropole. Les deux principaux (fg. 40) proviennent de deux répliques différentes : deux fragments d’une première réplique, aujourd’hui rajustés ensemble, nous ont rendu la Charité du milieu, presque complète moins la tête (fig. 40, à droite); un fragment d’une deuxième réplique nous montre une partie du torse de la Charité de gauche, avec une petite partie du torse de la Charité du milieu (fig. 40, à gauche) 1 2 3 4. Il est certain que nous n’avons affaire qu’à des copies d’un original perdu ; mais du moins l’identité de ces diverses copies entre elles prouve qu’elles répétaient fidèlement leur commun modèle. Celui-ci se dressait à l’entrée de l’Acropole, à proximité d’un lieu, non déterminé exactement , où l’on rendait un culte aux Charités * ; et la tradition l’attribuait à Socrate. Or, ce relief, qui doit être daté d’entre 470 et 460 h ne peut en aucune façon avoir été exécuté par Socrate, lequel naquit en 470 ou 469. On a pensé que la légende pouvait avoir eu son origine dans la présence d’une dédicace portant le nom de Socratès 5 : l’explication, si elle n’est pas la bonne, n’offre en tout cas aucun inconvénient. Il n’en est pas de même d’une autre 6, d’après quoi il y aurait eu sous le basrelief une signature d’artiste, avec le nom de Socratès, ce nom étant celui d’un sculpteur thébain contemporain de Pindare7 ; car cette explication, plus ingénieuse que vraisem-
1. Comparer le relief athénien plus ancien, Hermès et les Charités {Au mus. de l'Acrop ., p. 443, pl. III). En ce relief, M. Studniczka reconnaît, plutôt que les Charités , les Filles de Kécrops (cf. Wien. Jahreshefle, VI, 1903, p. 181, note 253); mais, abstraction faite du nom, c’est toujours, sous une forme plus grossière, la représentation de la même marche rythmée.
2. Ces deux fragments ont déjà été publiés par MM. Arndt-Amelung, Einzelaufn., 731-732; à la bibliographie donnée là, ajouter : Pawlowski, op. I., p. 290, fig. 104; Lepsius, op. L, p. 75, n° 80 (marbre pentélique).
3. Pausanias, I, 22, 8; IX, 35, 3. — Cf. le commentaire d'Hitzig-Blümner, éd. de Pausanias, I, p. 251-253.
4. M. Furtwængler (Meisterw. gr. Plastik, p. 37, note 3, et p. 48) le rapporte à 470 environ.
5. Cf. Furtwængler, Ueber Slatuenkopieen, 1, p. 9 ( München . Abhandlungen , 1896, p. 533); Amelung, Skulpt. d. Vatican. Mus., I, p. 547.
6. Cf Berlin, phil. Wochenschrift , 1893, p. 694 (Studniczka); Furtwængler; Ueber Slatuenkopieen, I, p. 9; Arndt-Amelung’s Einzelaufn., 731-732, p. 28 (Amelung); Hitzig-Blümner, éd. de Pausanias, 1, p. 252.