‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 296 sur 312 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Mais les grands artistes, contemporains de Périclès, qni donnèrent tant d’éclat à la sculpture attique, ont simplement achevé ce que leurs devanciers avaient si bien commencé. Tels que nous les connaissons par le jugement des anciens ou par les œuvres d’eux qui subsistent, ils nous apparaissent sur le prolongement de la route antérieurement tracée, non pas sur des embranchements détachés de cette route par leur initiative personnelle. Leur génie propre est une manifestation particulière du génie athénien parvenu à son zénith; et, de même que la cité a longuement préparé son épanouissement de prospérité et de gloire, de même l’apogée de l’art athénien est le résultat magnifique du travail de plusieurs générations, dont la dernière, la plus heureuse, parce qu’elle est arrivée au meilleur moment et parce que les circonstances historiques et politiques lui firent un sort privilégié, eut d’abord cet immense avantage, d’hériter du capital accumulé par toutes les précédentes. Nous n’avons pas ici à considérer de quelle manière et jusqu’à quel point les plus illustres maîtres du Ve siècle ont haussé l’art remis en leurs mains ; il importe seulement de montrer qu’ils ne l'ont pas fait dévier, que leur génie ne les a pas poussés hors des traditions de l’école où ils sont nés, qu’ils ont donc, eux aussi, représenté fidèlement l’esprit de cette école, et que leur mérite n’est pas d’avoir apporté un idéal jusque-là inconnu, mais bien d’avoir magistralement réalisé l'idéal ou les diverses sortes d’idéal ébauchées avant eux1. Ce sera donner à

1. Exception faite pour Myron. 11 est à part, non pas tant à cause de ses origines qu’à cause de la nature de son génie. Il est le premier en date (peut-

notre étude sa juste conclusion, de constater la permanence, au delà de 450, des deux courants parallèles qui existaient déjà dans la pramière moitié du siècle, et de reconnaître, chez les artistes de l’époque du triomphe, les descendants directs, les fils et petits-fils des sculpteurs moins fameux et des obscurs ouvriers qui furent à la peine si longtemps, si bravement, — et si utilement pour leur descendance !

Phidias (j’entends, par ce nom, évoquer avant tout l’inspirateur vraisemblablement unique et l’exécutant principal des sculptures du Parthénon), de si haut qu'il domine son art, en respecte pourtant, peut-on dire, les habitudes et le caractère; il ne le plie pas violemment, à la façon d’un Michel-Ange, pour en tirer des moyens d’expression qui ne soient qu’à lui. 11 ne s’isole point, par l’effet d’un tempérament excessif; il est le premier sur le rang, mais il reste dans le rang. Son œuvre n’étonne point par la nouveauté des sujets; car les tj^pes de ses statues ne semblent pas s’être beaucoup éloignés de ceux qu’on avait traités avant lui, et l’on note sur la frise du Parthénon quantité d'attitudes et de mouvements qui ne sont que des répétitions ou des adaptations de motifs antérieurement inventés. C’est pourquoi l’on a dit qu’il fut un « génie éminemment conservateur a1. Conservateur, en effet, si le mot signifie que Phidias a librement profité du commun bien déjà acquis et n’a pas cru que l’originalité consistât à tout renouveler et qu’il lui fût toujours indispensable de faire autre chose pour faire mieux. Mais ce n’est pas assez de signaler plus ou moins de motifs empruntés aux devanciers : l'art de Phidias eût pu être tout différent de ce qu’il est, ces emprunts-là restant les mêmes. Il faut le montrer « conservateur » jusque dans le style , exact continuateur de la formule qu’il avait reçue de ses maîtres-, et

être avec Pythagoras de Rhégion) des artistes personnels, je veux dire de ceux qui, au lieu de prendre la suite d’une école, se mettent hors cadre par la nouveauté originale de leurs créations. Avec lui commence, dans 1 histoire de l’art grec, le rôle des tempéraments individuels ; il y a, entre lui et Phidias ou Polyclète, une différence capitale à ce point de vue. Aussi, dans un exposé, tel que nous le faisons ici, du développement de Yécole attique depuis ses origines jusqu’à son apogée, on n’a pas même à prononcer le nom de Myron.

1. Cf. Bull. corr. hell., XXI, 1897, p. 509 (Pottier). — Même page, note 1, M. Pottier a donné une liste assez longue des « rapprochements qu’on peut faire entre certains personnages de la frise du Parthénon et des œuvres plus anciennes ».

2. Cf. Gazelle des Beaux-Avis, 1902, II, p. 469 (S. Reinach).

ÉPANOUISSEMENT DE l’aRT ATTIQUE

qui était une des deux grandes formules de la sculpture attique contemporaine.

« Le style d’un artiste s'affirmant surtout dans sa manière de figurer les traits du visage » l 2, ceux qui parlent du style de Phidias ont en vue généralement le caractère des têtes dans les métopes et la frise du Parthénon. Or, aucun des traits principaux de ces têtes, ni le dessin particulier de l’œil, ni celui de la bouche, ni la forme du crâne et la verticalité du profil, ni le calme inexpressif de la physionomie, n’est une invention propre de Phidias; et la réunion de ces traits en un ensemble, constituant un type déterminé, n’est pas davantage de lui. Il n’a pas eu à composer ce tj-pe : il l'a trouvé tout fait; il lui a seulement donné son achèvement, lui a assuré, en quelque sorte, sa forme définitive. Mais cette forme n’est que la terminaison d’une série dont les étapes antérieures nous sont aujourd'hui connues : car voici, flans le seul musée de l’Acropole, quelques petits marbres qui suffiront pour nous offrir, en abrégé, la vision exacte de la série entière. Leur place véritable, du moins pour les deux premiers, eût été en des endroits divers des chapitres précédents; je les ai réservés exprès, afin de les présenter ensemble et de mieux faire apparaître, grâce à leur juxtaposition, comment les têtes du Parthénon, exécutées entre 440 et 432, dérivent en droite ligne d’un certain type qui avait commencé d’exister en Attique avant même 480.

Le premier de ces marbres (fig. 42) est une petite tête de jeune homme-, que je crois un peu postérieure à l’invasion perse ; car elle me pai’aît reproduire avec plus d’aisance le type nouveau représenté avant cette date par VEphèbe blond et la coré d'Euthydicos , et, en outre, sa chevelure courte et seulement massée marque un progrès décisif de ce goût de simplicité, qui n’était encore qu'à son aube dans le commencement du ve siècle. Ce travail de la chevelure a pour effet de laisser voir, comme à nu, le plan presque carré suivant lequel la tète a été construite : derrière, le crâne tombe quasi droit sur la

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