Cf. ci-dessus, p. 491 (avec les renvois de la note
3. Si la caryatide reproduite dans la figure 48 avait été mutilée et détruite au point qu’on n’en eût retrouvé que la partie postérieure, comprise entre les reins et les genoux, quelle date eût-on assignée à un fragment travaillé de cette façon ?
de la Sosandra, ce que nous voyons dans les Danseuses de Delphes et la Vénus de Fréjus nous aide à comprendre comment s’est épanoui l'idéal vers lequel les Ioniens s’étaient d’instinct tournés les premiers, et à la poursuite duquel leur exemple avait entraîné la majorité des artistes athéniens dans la seconde moitié du vic siècle. Cet idéal était d’essence féminine, en quelque sorte, autant que l’idéal « dorien » était d’essence virile : je ne veux pas dire par là que la représentation de la femme fût son domaine exclusif, mais que ses qualités principales étaient celles qui rencontrent leur application la plus naturelle et la plus heureuse dans ce genre de représentation. Car ces qualités sont l’élégance, la finesse et le charme, charme des gestes, élégance des poses, finesse des silhouettes. Et s’il arrivait que la finesse tournât à la recherche, l’élégance à la coquetterie et le charme à l’artifice1, une séduction toute féminine résidait encore en ces défauts-là, qui ont aussi leur beauté. Cette province de l’art attique au v° siècle a été la province de la grâce ; c’est de ce côté que l’habileté délicate de l’exécution fut poussée le plus loin, et qu’ont dû se produire les trouvailles les plus nouvelles en matière d’attitudes, de rythmes, d’ajustements de la draperie : de l’autre côté, dominaient des types plus sévères et par conséquent moins variés, le noble péplos semblait y avoir sa forme fixée une fois pour toutes, et on dirait que certaines convenances morales y régissaient jusques aux traits des visages. Le simple rapprochement des Danseuses de Delphes et de la Vénus de Fréjus avec les jeunes porteuses d’objets sacrés sur la frise du Parthénon justifie, par un exemple concret, l’opposition qu’a indiquée Denys d’Halicarnasse entre l’art de Phidias et celui de Calamis et Callimaque ensemble. Ces deux-ci (qu’il faut, bien entendu, considérer, non comme des isolés faisant exception, mais comme les premiers d’un groupe d’artistes plus ou moins nombreux) sont des Attico-ioniens, dans le même sens que nous avons appelé Phidias un Attico-dorien ; ils ont continué à travers le ve siècle cette forme de l’art attique, représentée avant 480 par les belles corés de l’Acropole 684 et 674 2 et par la grande Nike 690 3, de la même manière que Phidias a continué l’autre
1. Se rappeler le reproche que les anciens, à tort ou à raison, ont adressé aux œuvres de Callimaque.
.2. Cf. ci-dessus, p. 38S. et 390.