‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 307 sur 312 · Cf. ci-dessus, p. 395, fig · texte numérisé non relu

Cf. ci-dessus, p. 395, fig

ÉPANOUISSEMENT DE l’aRT ATTIQUE

forme, représentée avant 480 aussi par la coré d'Euthydicos et la tête d 'Ephèbe blond. Il existe à cette époque, hors d’Athènes, un art proprement « dorien », et il existe toujours un art proprement ionien ] ; mais Athènes a ce privilège unique de posséder à la fois un art attico-dorien et un art attico-ionien.

La distinction que je viens de marquer a pu paraître un peu systématique et forcée, si l’on a cru que mon intention fût de couper en deux, par une barrière, l’école attique à l'époque de Périclès. Mais j’ai hâte moi-même d'abattre cette barrière, seulement provisoire et destinée à mieux faire constater la survivance, selon les œuvres examinées, des deux influences successives, ionienne et dorienne, qui ont contribué à nourrir l’art attique et dont il a si bien profité. Certains traits, qu’il faut soumettre à l’analyse parce qu’ils recèlent une part importante de la vérité qu’on cherche, prennent, d’être isolés, une valeur excessive ; il convient de les ramener à leur plan. Certaines œuvres, qu’on va choisir aux deux extrémités opposées du champ et qu’on rapproche brusquement, ne peuvent dissimuler qu’elles sont inspirées d’un esprit différent ; mais la différence était fort atténuée dans la réalité par la présence de tant d’autres œuvres qui remplissaient tout l’espace intermédiaire. Ce n’est pas mettre en péril l’imité foncière de l’art attique, si on observe avec complaisance la riche variété de ses aptitudes, et si on dénombre les éléments de sa richesse. On voit, sur un beau fragment d'un cratère, conservé au Musée de la villa du pape Jules à Rome1 2, un chœur de jeunes filles, qui sont vêtues, les unes à l’ionienne, les autres à la dorienne : sous le chitôn ou le pépies, ce sont toutes des Athéniennes, elles ne forment pas des groupes distincts suivant la nature de leur vêtement, elles se donnent toutes la main comme des sœurs, et la même ronde les entraîne. Pourtant, avons-nous tort, nous, de trouver que la différence de leur vêtement met

1. C’est à l’art proprement ionien de la fin du v' siècle que doivent être attribuées des sculptures comme celles du « monument des Néréides » et du monument de Trysa (cf. Furtwængler, Meisterw. gr. Plaslilc, p. 220, note 4), et comme la belle stèle funéraire de Samos : Allien. Mittlieil., XXV, 1900,

pl. XIII.

2. Cf. Furtwængler-Reiclihold, Griec/i. Vasenmalerei , 1, pl. XV1I-XV1II, p. S0 sqq.

une différence entre elles, et, parce qu’elles ne s’en aperçoivent pas, nous est-il défendu aussi de nous en apercevoir?

Mais il faut maintenant être attentif au travail de fusion qui s’opéra, dans la seconde moitié du vc siècle, et grâce auquel l’école attique sembla s’élever au dessus d’elle-même et de toutes les autres écoles. C’est l’époque où elle déploya sa plus grande activité et compta le plus grand nombre de ressortissants. Si on considère à la fois l’étendue du travail accompli et le temps relativement très court qui suffit pour l’accomplir, il est sûr qu’à aucun moment de son histoire la sculpture athénienne ne fut à pareille fête. Tous les sculpteurs disponibles coopérèrent : ceux qui étaient sur place furent bien vite renforcés par les « nomades », que le manque de travail dans leur patrie avant 450 avait engagés à en aller chercher ailleurs ' : et aux Attiques vinrent, sans nul doute, s’adjoindre des étrangers pour compléter les équipes serrées d’exécutants que nécessitait la prompte réalisation des entreprises de Périclès. Or, ces étrangers arrivant de l’Est ou de l’Ouest et même ceux des Attiques qui avaient fait plus ou moins leur « tour de Grèce » apportaient avec eux des habitudes de travail et des goûts qui ne pouvaient pas être identiques. La plupart d’entre eux n’étaient, il est vrai, que des praticiens, soumis à la direction des maîtres ; néanmoins, on comprend que cette abondante et soudaine réunion d’artistes divers, collaborant désormais à une œuvre commune, dut favoriser singulièrement la conciliation des tendances opposées, sur un terrain tel que l’offrait l’école attique, la moins fermée de toutes les écoles, la plus accueillante, la plus philoxène. Dans de telles conditions, non seulement les traces de l’influence, soit ionienne ou dorienne, que nous avons signalées tout à l’heure sous leur aspect le plus apparent, ont dû se manifester quelquefois à doses très inégales, selon les œuvres ; mais on devine déjà que plus d'un artiste a dû, par l’effet du milieu même où il vivait, être porté à les combiner ensemble et, familier avec l’une et l’autre forme, les faire servir simultanément à son dessein.

Peut-être Alcamène, que l’admiration des anciens plaçait en si haut rang, fut-il de ceux qui surent tirer le plus habile parti d’une telle combinaison. On est autorisé à le supposer, il me semble, depuis la découverte, faite à Pergame, d’une copie de

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son Hermès Propylæos 1 : car le visage de cet Hermès , aux larges traits immobiles, évoque en nous l’idée de l’art de Phidias, y.axà xb asgvbv y.al gsyaXixe^vov y.a; àçiwp.axr/.iv 1 2, cependant que sa triple couronne de frisures au dessus du front et les longues boucles de cheveux, ramenées par devant sur les épaules, reportent l’esprit vers d’anciennes modes ioniennes, dont nous avions d’ailleurs constaté le maintien à Athènes , dans des sculptures du deuxième quart du ve siècle 3 4 *. — Un mélange analogue, mais plus savant et plus heureux, opéré avec un tact parfait, s’aperçoit dans le grand bas-relief d’Éleusis, Démêler , Coré et Triptolémos!i. Quel que soit l’auteur de cette sculpture, l’une des plus belles qui existent au monde, à la fois une des plus nobles et des plus graves et une des plus délicates, on peut dire qu’il a génialement parcouru, d’un extrême à l’autre, le large clavier des moyens d’expression qu'il trouvait réunis de son temps dans son école : le jeune corps vigoureux, solidement et simplement posé, de Triptolémos , son visage sérieux, aussi sérieux que celui de la déesse qu’il regarde et écoute ; les cheveux courts de Déméter, et son péplos sévère, creusé de rigides sillons, cela est assez pour nous faire revoir en raccourci, dans le lointain où sont Sparte, Argos et Otympie, les productions habituelles des ateliers doriens, dont le goût attique n’a pas manqué cependant d'adoucir l’austérité par un tracé de contours moins sec, par les plis gracieux d’une draperie servant de fond au corps de Triptolémos , par le chiffonné d’une légère

1. Cf .Berlin. Silzungsb., 1904, p. 69 sqq., pl. I (Conze) ; Arc h. Anzeiger, 1904, p. 76, gravure; Arch. Jahrbuch, XIX, 1904, p. 24 (Lœschcke). — Cette découverte a permis d’identifier un marbre de la collection Warocqué, lequel se trouve être une seconde copie de l 'Hermès Propylæos d’Alcamène, légèrement différente de celle de Pergame en certains détails, et d’un accent plus adouci dans l’exécution : cf. Collection Raoul Warocqué : Antiq. égypt., grecques et romaines, 26 série (Mariemont, 1904), n° 142, p. 19-20, 2 gravures. — Je signale en passant une très frappante ressemblance, pour le dessin et le travail, entre les longues boucles de cheveux de ÏHoplitoi/rome, dans la stèle attique de ce nom, et les boucles qui forment le rang supérieur des frisures au dessus du front de Y Hermès : comparer ci-dessus, p. 297, notre fig. 25, et la deuxième des gravures publiées dans Coll. Warocqué, II, p. 20.

2. Expressions de Denys d’Halicarnasse, dans le passage déjà cité ci-dessus, p. 487, note 1.

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