Au moins de la façade principale
tion peinte, d'une originalité singulière, qui les accompagnait, les encadrait, les complétait.
Un assez grand nombre de fragments, recueillis au musée de l’Acropole, laissent voir des restes de dessin et de couleur représentant des fleurs de lotus ou des ailes et des corps d’oiseaux1; l’origine de ces morceaux était longtemps demeurée énigmatique. M. Wiegand a démontré qu’ils appartenaient aux rampants des frontons de V Hécatompédon. La partie des rampants qui formait plafond au dessus des sculptures, au lieu de rester nue ou d’être recouverte d’une couleur unie, était décorée par une alternance régulière de ces deux motifs : fleurs et oiseaux. Les fleurs stylisées, tout égyptiennes d’aspect, sont de deux modèles différents; le plus riche et le plus grand des deux doit être naturellement attribué au fronton de la façade principale, et l’autre au fronton occidental. Les oiseaux, représentés en plein vol, les ailes éploj'ées, sont aussi de deux espèces : il y a des aigles pêcheurs, emportant une proie dans leur bec ou dans leurs serres, et des cigognes2; et M. Wiegand propose subtilement de les répartir, les aigles (Osic. twv èpvswv) dans le fronton oriental oii siégeaient les dieux, et les cigognes dans le fronton occidental, au dessus de Triton, demi-dieu et habitant des humides rivages. Ainsi, la composition décorative ne s’arrêtait pas aux limites de son cadre, elle débordait sur le cadre même, ou plutôt l’ornementation du cadre se rattachait directement au reste du tableau, et les motifs en avaient été choisis et variés par rapport avec le sujet sculpté qui se développait au dessous. Cette décoration des rampants, qui, par l’origine du motif floral qu’on y rencontre, fait penser à l’Egypte, et qui, par l’alternance des deux éléments, empruntés l’un au règne végétal, et l'autre au règne animal, rappelle une série de produits de l’ancienne industrie grecque, comme, par exemple, les vases « rhodiens », doit enfin nous remettre aussi en mémoire les usages de l’art « mycénien », par l’heureuse union de la nature et de l’homme, par le souci d’un décor emprunté à la flore et à la faune, d’un fond de paysage, mi-artificiel, mi-réaliste, qui évoque, autour de l’épisode pure-
1. Cf. Wiegand, op. L, pl. II-I1I (en couleur), p. 25 sqq., fig. 21-54. On compte en tout 65 de ces fragments : 40 avec fleurs, 25 avec oiseaux.
2. M. Wiegand indique un rapprochement possible entre le nom de TrsXapyô; (cigogne) et le mot 7tî).apywdv, qui désignait la plus ancienne enceinte de l’Acropole.
FRONTONS DE l’hÉCATOMPÉDON 43
ment humain, la terre nourricière des fleurs et le ciel, domaine des oiseaux. Nous trouvons donc là, dans Athènes, au vie siècle, une dernière survivance de cet art « mycénien », dont la carrière s’était depuis longtemps déjà arrêtée et dont les œuvres étaient depuis longtemps anéanties ou tombées à l’oubli1.
Sous ces plafonds ingénieusement peints, se développaient les sculptures coloriées des deux frontons. Le hasard de la ruine les a traitées d’inégale façon : tandis que le fronton occidental est conservé presque en entier, le fronton oriental a péri aux trois quarts. Nous commencerons notre examen par le fronton occidental, le plus complet.
Fronton occidental
(fronton de typhon)
Le grand groupe d'Héraclès et Triton , exposé aujourd’hui dans la deuxième salle du musée de l’Acropole, remplissait à lui seul presque toute l’aile gauche ; et le monstre à trois corps, dit Typhon, exposé dans la même salle en face du précédent, ■occupait quasi toute l’aile droite; entre les deux, au milieu du tableau, se dressait un tronc d’arbre branchu, oii étaient accrochés l’arc, le carquois et la draperie d’Héraclès2. Par conséquent le centre du fronton, qui devait en constituer plus tard la partie principale, avait été laissé ici comme vide et inutilisé; le sujet proprement dit était rejeté dans la moitié gauche, qu’il ne remplissait même pas tout à fait; et un spectateur unique, de dimensions peu communes, il est vrai, accaparait l’autre moitié3. Du fronton de l'Hydre à celui-ci, la sculpture a fait un grand progrès, cela se voit dès l’abord. Mais il est évident aussi que l’art de composer un fronton n’a point avancé d’un pas. Les sculpteurs attiques avaient, dès le début, versé dans une ornière et y étaient restés : ils avaient trop bien compris quelle facilité leur offraient, pour remplir l’espace du tympan, si rigoureusement limité et d’une façon si gênante,