C'est à celle-là qu’incline ouvertement M. Wiegand
de l’unique figure féminine, dont le bras droit levé semble avoir soutenu quelque objet porté sur la tête, ne contredit pas cette supposition.
C’est au fronton de V olivier que M. Wiegand attribue la statuette féminine en pierre tendre1, connue sous le nom d ' Hydrophore ( Au musée de l’Acrop ., p. 19, fig. 1). Vêtue du péplos et del’himation, le bras droit ramené contre le ventre, le bras gauche levé pour maintenir en équilibre l'hydrie posée sur la tête, cette figure, selon M. Wiegand, se présentait comme sortant de l’édifice (temple ou fontaine) ; exécutée en ronde bosse et s’offrant de face au spectateur dans le milieu du tableau, alors que les autres étaient de profil, en relief plus ou moins fort, elle aurait été, en somme, la figure principale du fronton. Mais elle ne me paraît pas digne d’avoir joué le premier rôle dans une composition, dont les ruines mêmes révèlent encore un soin si délicat des moindres détails ; car elle est d’une lourdeur, d’une grossièreté, voire d’une barbarie d’exécution, qui dépasse celle des pires endroits du fronton de l'Hydre. Ce n’est qu’un petit bloc fort gauchement taillé, une des œuvres qui rappellent avec le plus d’évidence la technique du bois : le corps est arrondi de façon sommaire, le bras droit est quadrangulaire, et les différentes parties du visage portent la trace, tout de suite reconnaissable, des outils coupants qui s’y sont appliqués2 3. Or, il s’en faut de beaucoup que les deux débris de figures, qui proviennent sûrement du fronton de V olivier, étalent cette naïve rudesse de l’ancienne pratique. La figure féminine, attachée en relief au mur de l’édifice, porte le même costume, il est vrai, que la statuette d 'Hydrophore, et elle parait avoir fait le même geste du bras gauche. Ce dernier détail, s’il était établi avec certitude11, fournirait seul un argument à l’appui de l’hypothèse de M. Wiegand; mais le costume en fournit plutôt de contraires. La nature et l’aspect général des vêtements ne prouvent rien : ce
1. Cf. Rev. arch., 1891, pl. XI; Au mus. de l'Acrop., p. 16 sqq. ; Pawlowski, op. Z., p. 72, fig. 14; Mv7|(j.£Ïa Tïjç 'EXXiSoç, pl. IV, 1, p. 11 sqq. (Wolters); Wiegand, op. Z., p. 202-203, fig. 221, pl. XIV, 5 (en couleur).
2. J'ai analysé la statuette avec grand détail à ce point de vue : cf. Au mus. de l'Acrop ., p. 17 sqq.
3. Il ne l’est pas et ne peut l’être. On voit bien que le bras gauche de la figure en relief était levé ; mais il y a plusieurs explications possibles de ce geste, et on ne saurait certainement pas affirmer que la figure représentât une Hydrophore.
FRONTON DE L’OLIVIER
costume est celui que porte V Athéna du fronton oriental de VHécatompédon, et que nous retrouverons plus tard chez
Fig. 2. — Statuette d 'Hydrophore (Acropole).
diverses statues en marbre; c'est le costume ordinaire des femmes attiques dans la première moitié du vr sièple. Mais la comparaison de ce même costume chez les deux personnages
fait ressortir maintes différences. Dans la figure en relief, les détails du péplos sont rendus avec une grande exactitude : on distingue parfaitement Yapoptygma retombant sur la poitrine, puis, au dessous, le léger bourrelet d’étoffe produit par la pression de la ceinture, et enfin cette ceinture1; dans la statuette, on ne voit là qu’une simple ligne creusée, dont on ne saurait dire si elle marque le bas de Yapoptygma ou le haut de la ceinture. Dans la figure en relief, le col du péplos est garni d’un ornement, et l’iiimation est bordé d’une riche broderie ciselée en relief; dans la statuette, on ne découvre pas trace, nulle part, d'une décoration de ce genre, et cette inélégance des vêtements est en juste accord avec la rustique grossièreté de l'œuvre entière2.
L’auteur de YHydrophore a donné de son peu d’habileté et d’expérience une autre preuve, qu'il convient de signaler d'autant plus qu’elle a cessé maintenant d’être apparente. La manière dont il a rajusté la tête de sa statuette, à grand renfort de tiges de plomb [fig. 2), ce luxe de précautions, qui tournaient d’ailleurs à l’encontre de leur but3, sont l’indice d’un embarras presque enfantin et témoignent d’une véritable ignorance des qualités de la matière. Il me paraît malaisé de reconnaître dans ce travail barbare la même main qui a découpé, avec autant de sûreté que de légèreté, les parties saillantes de l’édifice représenté au second plan du fronton. On ne peut guère expliquer non plus une si grande différence d’exécution, en supposant que Y Rydrophore serait le résultat d’une restauration faite postérieurement au reste4; car alors elle devrait,
1. Ces divers détails ne sont pas moins nets ici qu'on ne les voit dans certaines figures de marbre : cf. Au mus. de l'Acrop., p. 184, fig. 17; p. 1 85, fig. 18 ; p. 325, fig. 31 ( statue xoanisante)\ et, dans un des chapitres suivants, notre fig. 5, d’après une statuette d’Eleusis (Mus. nat. d’Athènes , 5).
2. Le rapport entre les deux figures féminines que je viens de comparer est du même genre et à peu près le même que celui entre le personnage drapé du fronton d'iris et les personnages drapés du fronton rouge (cf. ci-dessus, p. 33, note 2, et 34, note 1, et p. 60-61).
3. il est aisé de comprendre que le cou, ainsi percé de trous en travers et de bas en haut, était beaucoup plus fragile que s'il eût été porté par une tige unique. ' — La photographie reproduite dans notre fig. 2 a été prise avant qu'on eût retrouvé latête de YHydrophore: j’ai cru bon dene pas laisser perdre cette image, qu’on ne pourrait plus refaire aujourd'hui, et qui fournit un renseignement intéressant. Pour la disposition intérieure des trous et des tiges, cf. Mvï][AEÏa tfjç 'EXXdcSo;, p. 12 (Wolters),
4. M. Wolters (l. L, p. 11-12) déclare non douteux que le rajustage de la tête n’a pas eu lieu par suite d’un accident survenu après la statuette terminée, mais a été fait au cours du travail. Seulement il croit qu’il y a bien
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au contraire, être d’un art plus avancé que le reste, à moins qu’on n’admette, contre toute vraisemblance, qu’on aurait chargé de cette restauration un ouvrier plutôt qu’un artiste, et le moins capable de la bien faire. En résumé, je crois que Y Hydrùphore doit être disjointe du fronton de l'olivier ; il faut la prendre telle qu’elle se présente d’abord, à savoir comme une petite figure isolée, sans valeur artistique, qui offre seulement l’intérêt de nous renseigner assez bien sur les premiers procédés de la plastique en pierre tendre, soit que son auteur ait été réellement un des plus anciens artistes qui aient employé cette matière, ou qu’il n’ait été qu’un médiocre attardé au milieu de ses contemporains beaucoup plus habiles que lui.
Les six frontons que nous avons successivement étudiés dans ce chapitre comprennent la presque totalité des représentations défigurés humaines, en pierre tendre, qui aient été retrouvées sur l’Acropole d’Athènes. Il ne reste en dehors — outre la statuette d ' Hydrophore — que de rares fragments sans importance1; les deux plus notables sont deux tètes de femme, qui peuvent elles-mêmes avoir appartenu à l’un ou l’autre des frontons, particulièrement la plus petite au fronton d'iris 2, mais sans qu’il soit permis de rien affirmer de précis quant à leur provenance. Il n’y a donc plus à examiner que les groupes d’animaux.
eu accident, et que l'intention première de l’auteur n’était pas d’exécuter à part le corps et la tête. Ce dernier point me paraît contestable. Il faut remarquer qu’il y a d'autres raccords dans la figure : en bas, à hauteur des genoux où elle est brisée, il y a une tige de plomb, d’où se détachent deux pinces qui saisissent la statuette devant et derrière ; et il y a une autre tige encore dans la cassure du bras gauche. Il me semble deviner, d’après cela, que la figure entière a été faite en trois morceaux distincts : 1° la partie inférieure des jambes avec la base où les pieds adhéraient; 2° la masse du corps depuis les genoux jusqu’au cou; 3° la tète surmontée de l’hydrie, et le haut du bras gauche qui devait être accolé contre l'hydrie.