Cf. ci dessus, p
GROUPES D’ANIMAUX
vrai, dès le premier coup d’œil, de la vigueur extraordinaire de ces corps gigantesques ; la tête du taureau, écrasée sur le sol, le mufle râlant 1 2 , l’œil distendu par l'angoisse, est traitée avec une largeur et une énergie remarquables ; l'écartèlement même des membres de l’animal, son allongement démesuré, son aplatissement invraisemblable ajoutent à l’effet de sauvage brutalité de cette scène sanglante. Mais, dès qu’on analyse les parties de cet ensemble saisissant et qu’on prend détail après détail, on ne trouve plus tellement à louer. La dislocation qu’ont dû subir les membres du taureau, afin de s’écarter de la sorte, n’est au fond qu’une grossière faute d’anatomie, qui prouverait le mépris de l’artiste pour la vérité de la nature, si elle ne prouvait plutôt son ignorance. Une autre faute, quoique moins grave, est d'avoir laissé sur le haut du cou ces plis mous et ondulés de la peau, alors que la nuque est si violemment courbée et que la peau devrait être, par dessus, si fortement tendue. Le modelé des cuisses et des jambes, quand on y regarde avec attention, est fort peu étudié et les débris subsistants du corps des deux lions ne valent pas davantage. Bref, le groupe ne gagne pas à être examiné de près ; chaque remarque de détail atténue la force de l’impression première. L’auteur a eu le mérite de bien sentir le caractère particulier d’un tel combat d’animaux, le furieux déploiement de vigueur des bêtes de proie, l’écrasement terrifiant de la victime, et c’est cela seul que nous percevons au premier moment ; mais nous ne tardons pas, ensuite, à nous convaincre qu’il lui manquait, pour que l’exécution répondît à la conception, de connaître ses animaux à fond et d’avoir une pratique suffisante de son métier. Or, nous avons fait déjà une observation analogue sur le dernier groupe d'Héraclès et Triton Malgré la diversité des sujets, ces œuvres ont mêmes qualités et mêmes défauts. Si le corps du taureau parait meilleur que celui d 'Héraclès, il ne faut pas oublier que la difficulté était plus grande à vouloir exprimer l’activité des muscles d’un homme agenouillé et luttant, qu’à dessiner le ballonnement régulier du ventre d’un taureau et à tailler les larges plans de ses membres immobilisés et passifs. Et si la tête de ce taureau mérite assurément des éloges, il ne faut pas