‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 46 sur 312 · Cf. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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oublier non plus que le « grand écart » des membres postérieurs n’en mérite guère.

Tout pesé, je ne trouve pas que l'auteur de ce groupe d’animaux ait été, en quoi que ce fût, en avance sur son contemporain, l’auteur du fronton de Typhon; et, si le tout ensemble est du même artiste, je ne vois pas que cet artiste ait mieux connu et mieux rendu le corps des animaux que le corps humain1. Par rapport aux œuvres plus anciennes, ce groupe témoigne exactement des mêmes progrès que les deux grands frontons : entre les pauvres chevaux d’Iolaos, superposés à plat, découpés à angles droits, et ce colossal taureau, il y a tout juste la même distance qu’entre le corps médiocre et malvenu d'Iolaos lui-même et les torses vigoureux de Typhon ou du plus récent Héraclès. Ainsi, en dépit des apparences premières, l'inégalité dans la valeur de l’exécution des trois plus grandes sculptures en calcaire n’est pas réelle ; un examen attentif fait découvrir bientôt que ces œuvres, différentes par le sujet et par le cadre, ne diffèrent point par le travail et représentent le même moment, à peu près, du développement de l’art attique. Les progrès qu’on y trouve réalisés relativement aux productions antérieures y sont les mêmes, et les progrès nouveaux qu’il reste à accomplir sont aussi, de part et d’autre, les mêmes.

1. J’ai cru m’apercevoir que des personnes qui trouvaient à ces fermes d’animaux un mérite supérieur à celui des formes humaines fondaient leur opinion, non pas sur un examen comparé des sculptures, mais sur un principe a priori, à savoir que l’art des peuples primitifs réussit plus vite et mieux à reproduire les animaux que l’homme. Mais il faut prendre garde à l’emploi de ce mot « primitifs », dont le sens varie selon les occasions où on l’emploie. Ici, quand nous parlons de « l’art grec primitif» et des « artistes primitifs grecs », il est évident que nous restons toujours dans les limites chronologiques de l'histoire de la Grèce, et que nous songeons seulement à opposer l’art grec des premiers temps à l'art grec plus développé des siècles suivants; mais il ne s’agit pas d’assimiler, en quoi que ce soit, les Grecs du vu” ou vi” siècle à ce qu’un sociologue appelle les peuples primitifs. On a constaté que ceux-ci, populations de l’âge préhistorique et tribus encore sauvages d’aujourd’hui (cf. Grosse, Les débuts de l'art , trad. Dirr, p. 130-131, 143-144), dans leurs dessins ou sculptures, rendent plus habilement et avec un sentiment beaucoup plus juste les figures d’animaux que celle de l’homme. En admettant qu’une telle règle se vérifie toujours au début de tout art, il reste à déterminer combien de temps dure cette sorte d’avance des représentations d’animaux sur la représentation humaine, dans l’art des peuples civilisés. En Grèce, du moins, elle n’a pu durer longtemps, puisque la représentation de l’homme devint très vite, pour l'art grec, le but principal et presque exclusif.

GROUPES D’ANIMAUX

Nous avons fini de passer en revue les œuvres que l’on a retrouvées, jusqu’à ce jour, de la sculpture attique, en sa période la plus reculée1. Nousn’en avons laissé de côté aucune, même parmi les plus mutilées; car aucune ne saurait être négligée. La majorité sontdes frontons, et les autres s’imposent à l’attention, ne fût-ce que parleur grandeur matérielle : elles

1. Le fronton occidental du temple de Delphes, qui était en pierre calcaire, doit-il être attribué à un artiste attique ? Les rares débris qui en subsistent (cf. Bull. corr. hell., XXV, 1901, pl. XVIII-X1X, p. 199 sqq. (Homolle) ; Perrot, llist. de l'art , VIII, p. 571-572, fig. 2S5-286 : sous ces deux figures, lire « pierre tendre » au lieu de « marbre ») ne permettent guère d’avoir à ce sujet une opinion solide. Les plus notables de ces débris sont : une figure de femme, très mutilée, qui doit être Athéna; une figure d'homme nu, qui peut être désignée du nom d 'Enkélados; et une partie d’une figure d’homme drapé debout. Enlcélados rappelle immédiatement, par son attitude, le grand Héraclès combattant Triton , bien que ses formes moins épaisses décèlent une époque plus récente; c’est à cause de ce morceau qu’on pourrait être tente de reconnaître ici une œuvre attique. Mais Y Athéna, représentée dans un mouvement fougueux et emporté, n’a point d’analogue dans la sculpture athénienne archaïque. Quant au fragment d’homme drapé, ce qu’il me paraît offrir de plus remarquable est que, non seulement le revers de la statue n’était pas travaillé, mais il a été « coupé suivant un plan vertical, et la figure est d’une épaisseur si réduite qu'elle paraîtrait avoir été sciée en deux » (Homolle, Bull. corr. hell., I. I ., p. 508). Un tel procédé, qui fut employé abondamment par les auteurs des grands frontons d'Olympie, est l’opposé de ce que nous constatons sur toutes les sculptures analogues de l’Acropole : celles-ci, quand elles cessent d’être de simples reliefs, ont toute leur épaisseur et sont même travaillées par derrière. Il y a donc lieu d'hésiter sérieusement, avant de ranger ce fronton parmi les œuvres de l’école attique. Aussi bien, il est ruiné à ce point qu'il ne saurait nous apprendre grand'chose. — Quant à l’époque où il fut exécuté, M. Homolle (i. I., p. 513 sqq.) le date de la fin du % i° siècle, et le croit contemporain du fronton oriental, en marbre, duquel je parlerai plus loin. La date me semble un peu trop basse pour tous les deux, mais plus encore pour le premier. La substitution du marbre au simple calcaire dans lefronton principal, non prévue parle plan primitif, doit avoir été discutée au dernier moment, et elle entraîna nécessairement un retard pour l’achèvement de la façade : car la décision ne dut pas être prise du jour au lendemain, puis il fallut le temps de commander les marbres en carrière, de les faire transporter à pied-d’œuvre et de les tailler, bien n'empêchait cependant de pousser les travaux de la façade occidentale, pour laquelle il n’y avait nul changement; et son fronton dut certainement être terminé avant l’autre, peut-être assez longtemps avant. Mais il reste toujours, néanmoins, que ce fronton en pierre tendre est de la seconde moitié, voire du dernier quart du vr siècle, c’est à dire d’une époque où le marbre était devenu la matière courante et commençait à s’imposer, pour la décoration sculptée des temples, même aux pays à qui leur sol n’en fournissait pas et qui devaient continuer à construire leurs édifices en simple calcaire. Aussi ce fronton de Delphes, en pierre tendre, n’appartient-il plus à la période que nous venons d étudier ici, et n’y trouverait-on plus les traits de facture caractéristiques qu'on relève dans les vieux frontons de l’Acropole. Si nous avions l’assurance qu’il est bien d’origine attique, c’est, en tout cas, dans la période suivante, avec le fronton en marbre du même temple, que nous devrions lui faire une place.

sont toutes, par conséquent, des oeuvres de premier rang, dont nous ne devons pas craindre d’avoir exagéré l’importance; personne ne jugera qu’elles soient insuffisantes pour nous révéler les caractères essentiels de la plastique en pierre tendre et la suite régulière de son développement. Aussi bien, la confiance que nous mettons en elles, si je puis dire, sera bientôt justifiée par le témoignage des premières œuvres en marbre.

Mais, avant de poursuivre notre route, il nous reste à examinerdeux questions d’ordre général, qui portent sur l’ensemble de ces sculptures : l’une concerne le coloris dont elles étaient toutes revêtues, et l’autre, les origines du genre même dont elles sont issues.

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