‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 51 sur 312 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES ORIGINES DU RELIEF EN PIERRE LE PROGRÈS DE LA DÉCORATION DES FRONTONS EN ATTIQUE

Le moment n’est pas venu encore de prononcer un jugement sur le caractère des sculptures en pierre tendre ; car, si elles remplissent presque entièrement la première période de l’art attique, elles ne la remplissent pourtant pas tout entière. A celle-ci appartiennent également, comme on le verra bientôt, quelques œuvres en marbre. C’est seulement après avoir étudié ces marbres, les plus anciens qu’aient produits les ateliers d’Athènes, que nous embrasserons cette première période dans son développement total, et que nous serons en mesure d’en fixer les dates, puis d’en marquer les traits essentiels.

Mais, dès maintenant, les sculptures en pierre tendre, considérées en elles-mêmes, donnent lieu à certaines remarques. Il est notable que, parmi elles, il n’y en ait pas une seule qui soit véritablement en ronde bosse : la plupart sont en relief plus ou moins fort ; quelques-unes ne tiennent plus au fond que par un mince tenon; d’autres en sont déjà détachées en partie; l’une même (la petite Hydrophore) en est détachée tout à fait, mais encore n’était-elle destinée à être vue que sur la face antérieure. Nous ne rencontrons pas une vraie statue ou statuette, susceptible d’être isolée, et autour de laquelle le spectateur pût tourner afin de la voir de tous les côtés successivement. Toutes les œuvres en calcaire, qu’elles fussent plus ou moins engagées dans la muraille ou y fussent simplement adossées, toujours avaient derrière elles un fond de muraille, et c’est avec ce fond au second plan que nous devons nous les représenter toutes. En un mot, elles ressortissent toutes au genre du relief. Est-ce là un pur hasard de la destruction? Je ne le

pense pas. Ou bien serait-ce que, à l’époque où remontent tous ces reliefs, la statue n’était encore, dans les ateliers des sculpteurs, qu’un « article » très rare et exceptionnel ? Je ne le crois pas non plus.

Voici une autre explication, plus naturelle, du fait qui nous occupe. Les sculpteurs attiques, du jour où ils commencèrent à travailler la pierre, ne cessèrent point pour cela de travailler le bois, et, en même temps qu’ils exécutaient ces reliefs en pierre tendre, ils continuaient, comme par le passé, à exécuter des statues et des statuettes en bois1. C’est par l’emploi simultané et, en quelque sorte, parallèle des deux matières qu’on s’explique le mieux que les sculptures en pierre, jusques aux plus récentes et aux moins imparfaites, gardent les traces encore si visibles de la technique du bois2. Ainsi il a dû y avoir des statues contemporaines de nos reliefs ; seulement, en grande majorité, elles étaient en bois, et c’est pourquoi elles n’ont pas subsisté jusqu’à nous. On aperçoit tout de suite une des raisons qui ont motivé cette attribution respective des deux matières aux deux genres de sculpture : la fragilité du calcaire tendre (car, au début surtout, on le choisissait aussi tendre que possible3) rendait singulièrement périlleuse à un ciseau encore novice l’exécution d’une statue en ronde bosse4. Mais il y a une autre cause plus profonde, qui tient aux conditions mêmes du développement de la plastique.

Dans le temple, maison terrestre de la divinité, qui a été, on peut le dire presque sans métaphore, le berceau de la sculpture grecque, deux choses sont à considérer : d’une part, l’image du dieu, et, d’autre part, l’édifice qui la renferme. L’image est le plus souvent en bois, l’édifice en pierre. De cette image rudimentaire, reproduite dans maints ex-voto, dans maintes images analogues, et prenant forme peu à peu, finira par sortir la statue digne de ce nom ; cette image a été le point de départ

1. M. Winter ( Athen . MUlheil ., XIII, 1888, p. 119) a exprimé aussi l’opinion que le bois et la pierre tendre avaient été, pendant un certain temps, employés simultanément par les sculpteurs athéniens. Ce que je dis ici, d’une façon plus précise, c'est qu’on a fait, dans le même temps et dans les mêmes ateliers, des stalues en bois et des bas-reliefs en pierre.

Page 1