ORIGINES DC RELIEF EN PIERRE
de la statuaire en sa période primitive, c’est à dire de la statuaire en bois. Quant à l’art du bas-relief en pierre, il est né sur les murailles du temple. La maison du dieu, l’enveloppe extérieure de l’image divine ne pouvait rester nue et sans ornement : on dut, en premier lieu, l’enduire consciencieusement de couleurs ; puis, on passa du simple badigeon à la peinture véritable, dans ces parties de l’édifice où le mode de construction adopté avait pour effet de fournir des cadres tout préparés, susceptibles de recevoir un tableau défini1 2. Mais, à une certaine hauteur, les peintures ne ressortaient pas assez ; d’ailleurs, cette décoration appliquée sur le temple ne faisait pas suffisamment corps avec lui : on voulut donc travailler la muraille elle-même avant de la peindre, faire en quelque sorte pénétrer dans la pierre une beauté à laquelle la couleur devait encore ajouter, changer la vulgaire bâtisse en un coffret précieusement ouvragé. Ainsi naquit le bas-relief sur les parois de l’édifice qui abritait la statue.
Ces deux genres de sculpture ont eu, par conséquent, une origine différente. On aurait également tort de croire que la statue est sortie du bas-relief, n’est qu’un bas-relief peu à peu arrondi et dégagé de son fond, ou bien que le bas-relief n’est qu’une statue rentrée aux trois quarts dans la muraille. Il n’y a aucun moyen de les confondre : la statue a été produite par un progressif anthropomorphisme de la pierre brute, du bétyle primitif, de la poutre de bois à peine équarrie; et le relief est issu d’un renouvellement des principes de l’art décoratif monumental, consistant à faire participer à la décoration la muraille même et à donner pour soutien à la peinture, au lieu d’une paroi lisse, des formes en saillie calquées sur les formes peintes-. Il convient seulement de noter que le premier bas-relief a dû être de beaucoup postérieur à la première statue; car il fallait d’abord que le temple de pierre existât, je veux dire le temple construit totalement en pierre, y compris ses parties hautes; et nous savons qu’un tel progrès dans
1. Précisément, on a retrouvé sur l’Acropole quelques débris d’un fronton, qui était simplement peint, non sculpté ; on y reconnaît une lionne marchant, et l'extrémité d’un élégant rinceau, qui garnissait l’angle de gauche ; les peintures étaient rouges sur fond bleu : cf. Wiegand, op. I., p. 230, nos 10-12, pl. VI, 1-3 (en couleur).
2. Cf. Conze, Ueber il. Relief bei lien Griechen (Berlin. Sitzungsb., 1882, 1, p. 563 sqq., notamment p. 569 et 574) ; Friederichs-Wolters, Gipsabgüsse, p. 17.
l'architecture ne vint qu’assez tard1. En sorte que l’art nouveau du relief, dérivant de la peinture et empruntant ses moyens à la statuaire, profita dès ses débuts des progrès jusqu’alors réalisés par les deux autres arts. A le bien prendre, cet art nouveau n’était qu’un genre nouveau de décoration, genre mixte où participaient à doses presque égales la pierre taillée et la couleur. Yoilà ce que nous enseignent, avec toute la clarté possible en de telles questions, les vieux frontons de l'Acropole d’Athènes.
Une fois né, ce genre devait, par la force des choses, se développer ; et les monuments retrouvés nous permettent encore de suivre la marche de ce développement organique. Découpé dans la muraille même et intimement uni à elle au commencement, le relief devait, comme sous l’effort d’une poussée intérieure, tendre à s’en détacher de plus en plus et donner naissance à un autre genre, le haut-relief, avec les traitements variés qu’il comporte2. Ces changements dans l’épaisseur de la saillie attribuée aux sculptures murales ne s’opérèrent que lentement; caria fragilité des premiers matériaux employés agit comme un frein sur la main des sculpteurs et leur interdit, si je puis ainsi parler, de brûleries étapes. Que l’on compare les minces figures du fronton de l'Hydre, le torse A' Athéna dans le fronton des deux serpents, le buste de Zeus, son voisin, ensuite la petite figure A' Iris courant, qui n’est plus rattachée au fond que par un tenon soigneusement dissimulé, et l’on aura une idée assez exacte de cette émancipation progressive de la sculpture en relief. Un pas de plus, et le relief devient statue : la série d’œuvres, dont le point de départ est la décoration peinte des murs du temple, est près de rejoindre l’autre série, issue du
1. L’Héræon d’Olympie fut reconstruit, au début du vu” siècle, avec colonnade en bois et entablement en bois ; et, tandis qu’au cours des siècles il changeait une à une ses colonnes de bois contre des colonnes de pierre, il paraît avoir gardé toujours son entablement de bois. C'est seulement vers la fin du vu* siècle, semble-t-il, que le temple en pierre, complètement en pierre, se généralise.
2. M. Kœpp [Arch. Jahrbucli , 11, 1887, p. 118 sqq.) a soutenu que le basrelief et le haut-relief n’avaient entre eux aucun lien, que le haut-relief n’était que de la ronde bosse plus ou moins rentrée dans un fond. Cette vue ne semble pas juste. M. Kœpp invoque surtout les vieilles métopes de Sélinonte, et il assure (p. 121), pour légitimer sa théorie, que 1 ouverture des métopes, laissée vide à l’origine, dut être remplie d’abord par des figures isolées, puis le fut par des plaques sculptées en haut-relief. Mais cette explication n'est guère vraisemblable, et je montrerai tout à l’heure comment les découvertes de l’Acropole ont donné tort, si je ne me trompe, aux hypothèses de M. Kœpp.