‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 53 sur 312 · PROGRÈS DE LA DÉCORATION DES FRONTONS · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE LA DÉCORATION DES FRONTONS

symbole divin, oupybç X&oç, puis ijiavcv, renfermé dans le temple. Pourtant, ainsi cpie nous l'avons noté plus haut, les très rares œuvres qui aient été tout à fait détachées du fond semblent y être presque toujours restées adossées, comme si elles ne pouvaient se décider à quitter cette muraille, de laquelle elles étaient sorties ; la jonction des deux séries ne sera complète qu’un peu plus tard, quand le marbre aura remplacé généralement la pierre poreuse, et que ces figures jusque là appuyées, avec ou sans leur fond de pierre, contre les parois du naos, se dresseront enfin isolées sur leur piédestal, disséminées dans le téménos.

Nous avons vu que presque tous les reliefs en pierre tendre qui ont subsisté sont des débris de frontons. La qualité de la facture, jointe à la dureté croissante de la matière mise en oeuvre, nous a permis de classer les principaux de ces débris les uns par rapport aux autres dans un ordre qui parait certain. Or, le plus ancien de ces frontons est en relief très plat ; le deuxième est en relief plus épais; les frontons de VHécatompéclon et le fronton d'iris avaient une saillie plus prononcée encore, avec de nombreuses parties en ronde bosse. Cette progression constante est chose fort remarquable. Nous ne pouvons mesurer au juste l’intervalle de temps qui sépare ces cinq ou six frontons ; mais certainement ils ne se sont pas succédé sans interruption : on ne construisait pas des édifices sur l’Acropole sans discontinuer; et, du reste, en les comparant entre eux au point de vue de la plastique, on sent la nécessité absolue de les espacer, du moins quelques-uns d’entre eux, assez loin les uns des autres. Ils nous apportent donc des témoignages irrécusables de la route qu’a suivie la décoration des frontons en Attique. Partie de la simple peinture murale posée à plat sur le tympan, cette décoration passe d'abord au bas-relief ; puis, le bas-relief va prenant toujours plus de saillie, plus de rondeur, se transformant à mesure pour gagner à pas réguliers la figure en ronde bosse ; entre le point de départ, qui est la fresque coloriée, et le point d’arrivée, qui est la figure taillée en ronde bosse, les sculpteurs en pierre tendre nous offrent trois étapes intermédiaires. Rien de plus naturel, de plus logique, que ce lent surgissement hors du tympan, que ce développement quasi organique de la pierre sculptée, qui fait penser à la croissance d'un être vivant.

Tel n’est pas l’avis qu’exprime M. Kœpp, au cours de l’étude que j’ai citée plus haut1. Pour lui, la décoration du fronton a été imitée de celle des métopes, et, comme cette dernière n’a jamais consisté (d’après M. Kœpp) qu’en figures de ronde bosse ou en hauts-reliefs, les frontons, de même, n’ont jamais pu recevoir que des statues ou des hauts-reliefs. Quant au fronton de l'Hydre , qui est en bas-relief, ce n’est qu’une exception dont il n’y a pas lieu de se préoccuper. L’erreur de M. Kœpp me paraît aussi complète que possible; il a, proprement, posé la pyramide sur sa pointe. Il rapporte tout aux vieilles métopes de Sélinonte, comme si elles étaient le modèle unique et l’étalon de la sculpture décorative aux temps archaïques. Mais je ferai remarquer, d’abord, que l’importance du fronton, en raison de ses dimensions et de sa place à la façade même du temple, est autrement considérable que celle des métopes, et qu’en conséquence, dans la plupart des cas, on a dû s’ingénier à le décorer, bien avant de penser à parer d’ornements quelconques les carrés des métopes2. Ce n’est certainement pas le genre de décoration adopté pour les métopes qui a ensuite été transporté aux frontons : le contraire serait plutôt vrai. D’autre part, le fronton de l' Hydre donne le démenti le plus éclatant à la théorie de M. Kœpp; il est vrai queM. Kœpp, avec quelque désinvolture, se débarrasse de ce témoin gênant en ne lui permettant pas de porter témoignage. Or, de quel droit dire que ce monument constitue une exception et qu’il ne compte pas? Le fronton de l'Hydre ne constitue pas une exception ; il est unique (ce qui est tout différent), et il n’en est que plus précieux3. Non seu-

1. Cf. ci-dessus, p. 96, note 2. Je vise surtout, en ce moment, les pages 122- 123 de l’article de M. Kœpp. Il est juste de dire qu'au moment où M. Kœpp l’écrivait (1887), les grands frontons de l’ Hécalompédon n'étaient pas encore découverts. Mais l’élément principal de la discussion, à savoir le fronton de l'Hydre , était déjà connu, et aussi le fronton rouge.

2. On en a, d’ailleurs, la preuve certaine pour les anciens édifices de l'Acropole. A côté des six, peut-être sept frontons aujourd’hui connus, on ne voit pas une seule métope sculptée. L'IIécatompédon avait ses deux frontons, en calcaire commun, décorés de sculptures, tandis que toutes ses métopes étaient nues; seulement, celles des deux façades (ou, au moins, de la façade principale) étaient en marbre, c’est à dire qu’elles tiraient leur beauté uniquement de la matière dont elles étaient faites. Et il en fut de même encore quand le temple fut reconstruit par les Pisistralides : les frontons furent décorés de figures en marbre; mais les métopes, en marbre aussi, restèrent nues.

3. Cependant ou peut lui joindre le fragment de fronton trouvé près du théâtre et représentant des Satyres ;cf. ci-dessus, p. 22, note 1). Les figures y sont en bas-relief, et l’épaisseur n'en atteint pas 0"’,04j.

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