‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 66 sur 312 · AS/jv. IIoV · texte numérisé non relu

AS/jv. IIoV

o. C’est la date la plus reculée (vers 623) que préfère M. Demoulin ( op . I.,

bien c'est la première tradition qui est juste, et en ce cas la grave crise religieuse, qui aurait été la cause de l’intervention d’Épiménide, est un motif de plus pour admettre, comme très vraisemblable, la fondation par Solon d’un temple nouveau dédié à Athéna sur l’Acropole ; ou bien cette crise et le remède qu’y apporta Épiménide sont antérieurs à Solon, et en ce cas on peut se demander si l’une des causes qui favorisèrent la confusion de dates qu’auraient commise Plutarque et Diogène ne serait pas que l’on rapportait des fondations de temples également à Épiménide et à Solon, temples qui n’existaient plus, qu’on ne connaissait que par de vagues souvenirs, et dont on a pu croire, un jour, que c'était en réalité les mêmes et qu’ils constituaient ainsi un véritable synchronisme pour la vie des deux sages athénien et crétois. Selon cette hypothèse, il faudrait séparer ce qui a été confondu, et distinguer entre les fondations de l’époque d’Épiménide et celles de l’époque de Solon. A la première époque pourrait appartenir l’édifice inconnu d’où provient le vieux fronton de l'Hydre.

Je ne me fais pas d’illusion sur la valeur probante de ce raisonnement ; c’est un effort condamné d’avance à un insuccès quasi total, que de vouloir tirer quelque lueur d’obscurités si profondes1. Cependant il ne me parait pas qu’il soit par trop

p. 64 et 136). — Platon (Lois, 1, 642 D) indique pour Épiménide une époque très différente : le Crétois serait venu à Athènes dix ans avant la bataille de Marathon, c'est à dire vers 500. Cette date est sûrement erronée ; mais l’erreur de Platon est, je crois, très explicable. Après l'expulsion des Pisislratides, Athènes traversa une période de crise, entre 510 et 500 ; au milieu des troubles politiques, on fit revivre contre les Alcméonides le vieux grief religieux qui pesait sur leur famille, et on les exila de nouveau (Thucydide, I, 126) ; vers la même époque, la peste fit des victimes à Athènes (cf. une inscription attique : Inscr. allie., 1, 475). Troubles politiques, inquiétudes religieuses vraies ou feintes, maladie épidémique : la situation se trouvait donc exactement la même qu’un siècle auparavant. Il n’est pas surprenant que, dans ces circonstances, on ait rappelé les souvenirs du passé, la venue à Athènes du sage Épiménide, les prescriptions dont il avait eu l’idée; et ainsi, quelques années plus tard, a pu se produire dans certains esprits une confusion entre deux séries d’événements identiques, mais qu’un siècle entier séparait, et a pu se former la tradition nouvelle dont Platon s’est fait l'écho. En réalité, ce n’était qu’un regretl’age d’une antique tradition sur des événements récents. — Cf., pour la date de la venue d'Épiménide, Busolt, Griech. Geschichte-, II, p. 211, note 1 .

1. D’abord on peut douter de la réalité de la mission accomplie à Athènes par un personnage aussi légendaire qu'Épiménide. Mais, du moins, l’invention d’une telle légende reposerait sur un substratum certain, à savoir la crise religieuse que traversa Athènes à un moment donné, par suite de faits dont on avait gardé le souvenir. Avec ou sans Épiménide, cette crise et ses consé-

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téméraire d’attacher désormais le nom de Solon à Y Hécatompédon , puisque les sculptures provenant de ce temple doivent avoir précédé d’un certain nombre d’années la statue du Moschophore , qui, elle-même, est antérieure à550'. D’ailleurs, il ne faut pas oublier que la construction d’un édifice un peu considérable sur l’Acropole demandait nécessairement beaucoup de temps et que les ressources pécuniaires de la cité pouvaient quelquefois tarir2 : un temple fondé par Solon, commencé par lui, a pu n’avoir ses frontons sculptés que dix ou quinze ans après. Quant à des sculptures comme le fronton rouge et le fronton de l'Hydre , qui offrent tous les caractères d’un art beaucoup moins avancé, on doit logiquement les reculer vers l’année 600 ou plus loin; et il n’est pas impossible que l’un ou l'autre de ces deux frontons ait appartenu à quelque petit

quences subsistent toujours. — On a douté aussi que les Alcméonides aient été exilés au moment de cette crise, c’est à dire aux environs de l’an 600. Mais il n’est pas douteux, en tout cas, qu’ils furent exilés à la fin du vie siècle, et que la raison ou le prétexte de leur exil fut le sacrilège autrefois commis par leur race ; et il est notable combien cette exploitation politique du crime religieux des Alcméonides dura longtemps, puisque les Lacédémoniens essayèrent de refourbir cette arme ancienne pour en user contre Périclès luimême (Thucydide, I, 126-127). Que les Alcméonides aient été bannis une fois de plus ou de moins, qu’ils l’aient été ou non pour la première fois dans les vingt ou trente années qui suivirent leur forfait, ce forfait même et l’émoi religieux qu’il causa subsistent néanmoins. Or, c’est là tout l'essentiel, au point de vue où je me place ici ; car il est bien légitime de croire qu’une époque, où la dévotion envers les dieux a été surexcitée, a vu se fonder de nouveaux temples dans Athènes, spécialement sur l’Acropole, puisque la déesse de l’Acropole avait été la première outragée.

1. M. Brückner ( Berl . phil. ‘Wochenschrift , 1889, p. 1288) avait supposé que les frontons, aujourd’hui reconnus comme ceux del 'Hécatompédon, pouvaient provenir d'un temple d’Héraclès fondé par Crésus. C'était leur donner une date trop basse. — Overbeck ( Gesch . çjy. Plaslik 4, I, p. 188) plaçait le Moschophore aux environs de 520 : date trop basse aussi, manifestement contredite par l'aspect de certaines lettres de l’inscription. — M. Michaelis (Arc/t. Jahrbuch, XVII, 1902, p. 5) croit que les sculptures de Y Hécatompédon ne seraient pas beaucoup antérieures à 560 : date très voisine de celle que je propose, mais qui me paraît encore un peu trop récente. M. Wiegand ( op . Z., p. 106) semble approuver tout à fait l’opinion de M. Michaelis ; pourtant M. Wiegand, dans la même page, indique un juste rapprochement entre certains détails du fronton oriental de Y Hécatompédon et des détails analogues du vase François, et il attribue celui-ci, selon l'opinion générale, au « temps de Solon ».

2. Le transport des matériaux sur ce rocher à pente si raide était lent et difficile; on ne pouvait les entrer, littéralement, qu’un à un. De plus, l’espace libre pour les chantiers était étroitement mesuré. Nous savons le temps qu’ont pris la construction du Parthénon et celle des Propylées, à une époque où Athènes disposait d’énormes ressources. Nous savons aussi, par l’exemple de l'Érechlheion, comment l’achèvement d’un édifice, pourtant très petit, pouvait être retardé longtemps, à cause des dépenses nécessitées par une guerre.

édifice, consacré sur l’Acropole à l’époque présumée du voyage d'Épiménide, ou, plus exactement, à la suite des sacrilèges commis lors de l’attentat de Kylon .

Je proposerai donc les cadres chronologiques suivants pour les œuvres principales qui nous sont restées de la première période de la sculpture attique 1 :

Fin du viie siècle : le fronton de ï Hydre ;

Commencement du vie siècle : le fronton rouge ;

Premier quart du vic siècle, époque de Solon : les deux

1. Les dates que je vais indiquer contredisent en partie (pour le fronton de l'Hydre et le fronton ronge) l’opinion exprimée par M. Wiegand sur les époques respectives des édifices en pierre tendre de l'Acropole. D’après M. Wiegand ( op . I., p. 148 sqq. et p. 232-233), le plus ancien de ces édifices serait YHécatompédon, et les cinq autres plus petits, dont on a les ruines, seraient tous postérieurs à YHécatompédon. 11 résulte de là que les quatre petits frontons seraient tous postérieurs aux deux grands. Car, quoiqu’on ne puisse pas répartir exactement ces quatre frontons entre ces cinq édifices, il est nécessaire d'admettre que c’est bien de ces édifices que proviennent ces frontons. M. Wiegand, il est vrai, avertit (p. 233) que nous pouvons ne pas connaître toutes les constructions de l'ancienne Acropole. Mais il n’est pas permis de supposer sans preuves un jeu tel du hasard, que nous aurions, d’une part, les frontons d’édifices dont tout le reste aurait péri, et, d’autre part, de nombreux membres architectoniques d’édifices dont les frontons auraient disparu jusqu’au dernier débris. Du moment que M. Wiegand croit que les petits édifices retrouvés par lui sont postérieurs à YHécatompédon , il lui faut considérer comme étant postérieurs aux frontons de ce grand temple le fronton rouge et même ce fronton de l'Hydre dont il n’a pu s’empêcher de dire (p. 232) qu’il avait pourtant « l'air d’être plus ancien que les autres ». Or, à quelque point de vue qu’on examine le fronton de l'Hydre , soit pour la nature du relief ou la qualité de la technique ou la composition du sujet ou le degré de correction dans le rendu des formes, il se révèle nettement antérieur au grand groupe d 'Héraclès et Triton et au Typhon. D’après cela, il y aurait donc contradiction entre les caractères de l'architecture et ceux de la sculpture. Mais ces caractères de l’architecture, sur lesquels se fonde M. Wiegand, à savoir tel profil de moulure, tel nombre de gouttes dans les inutules, telle forme de scellement, constituent-ils un critérium suffisant pour juger de l'âge d’un édifice, à trente ans près? et faut-il ne compter pour rien, en face de ces témoignages, celui des sculptures qui complétaient et décoraient l’édifice ? Je crois, d’autre part, qu’on peut considérer comme certain que, tant que dura la reconstruction de YHécatompédon parles Pisistratides, on n’éleva pas d'autres édifices dans l’Acropole (cf. p. 133, note 2) ; et il nie paraît aussi fort probable que, du jour où il y eut sur l’Acropole des frontons en marbre, on n’y exécuta plus des frontons en pierre tendre : en sorte que les cinq petits édifices retrouvés par M. Wiegand devraient s’entasser dans le laps de temps relativement court entre la fin des travaux de YHécatompédon et le commencement de ceux du temple des Pisistratides. On jugera plus vraisemblable que quelques-uns d’entre eux aient été, au contraire, antérieurs à YHécatompédon, comme sont antérieurs aux sculptures de ce grand temple le fronton rouge et le fronton de l'Hydre.

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frontons de Y Hécatompédon et le grand groupe Lions et taureau ;

Deuxième quart du Anc siècle : le Moschophore et les diverses figures en marbre qui ont été réunies autour de lui.

Le fronton d'bis , qui semble bien être la plus récente des œuvres en pierre tendre, pourrait être attribué aux environs de 550. Le fronton de l'olivier est trop ruiné pour qu’on puisse le dater.

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