LES CARACTÈRES DE LA SCULPTURE ATTIQUE PENDANT LA PREMIÈRE PÉRIODE
Ces œuvres constituent, dans toute la force du terme, une série : non seulement elles se suivent les unes les autres sans solution de continuité, mais elles sortent logiquement les unes des autres; et les premières d’entre elles sortent d’œuvres plus anciennes dont l’existence ne saurait être mise en doute. Du bois à la pierre tendre et de la pierre tendre au marbre, du bas-relief au haut-relief, puis à la ronde bosse, des antiques xoana à la figure du Moschophore , la chaîne se déroule sans lacune. A travers les matières différentes, les caractères essentiels des plus vieilles sculptures ont passé insensiblement aux œuvres les plus récentes, en sorte que la technique du bois se reconnaît jusque dans les statues de marbre. Mais la tradition ici n’est pas la routine ; la stabilité de certains caractères n’empêche pas le progrès dans tout le reste, un progrès lent et mesuré, sans arrêts ni soubresauts, qui semble l’épanouissement régulier d’une force latente. Faire comme le maître1, un peu mieux s’il est possible, mais sans jamais s’éloigner de lui ; se modifier par nuances, sans secousses, à mesure qu’on sent son habileté croître ; chercher le mieux dans la voie tracée par les prédécesseurs, plutôt que la nouveauté en dehors d’eux et contre eux : voilà ce que se proposait chaque élève, docile continuateur de l’enseignement traditionnel. Ces vieux artistes n’eussent pas hésité à dire d’eux-mêmes comme Eutélidas et Chrysothémis d'Argos2 : ts^vy;v eîScTsc iv. xpczéputv, — marquant par là, non seulement qu'ils avaient des devanciers et des maîtres et ne les reniaient point, mais qu’au contraire ils
1. J’emprunte ici quelques mots à Beulé, Hist. de l'art grec av. Périclès, p. 329.