Pausanias, VI, 10, S
CARACTÈRES DE l’aRT ATTIQUE PRIMITIF
se réclamaient d’eux, tenaient expressément à n’êtrepas isolés, à être regardés, chacun en son temps, comme un des maillons de la grande chaîne de l’art indigène.
Nulle part cette chaîne se saurait nous apparaître mieux suivie et plus solide qu’en Attique1. Si, depuis les xoana primitifs jusqu’au Moschophore , le progrès a été incessant, ce progrès n’a été dû qu’à un développement tout intérieur, sans intervention du dehors, sauf en quelques points secondaires, qui ne modifient nullement l’impression d’ensemble. A quel endroit, en effet, s’aviserait-on de soutenir que la série s’interrompt, que le sillon tracé si droit dévie tout à coup? Toutes ces œuvres font un bloc ; toutes sont attiques ou aucune ne l’est. Et, comme elles sont nées sur le sol attique, qu’elles ont été taillées dans la pierre ou le marbre du pays, qu’elles s’espacent sur une durée assez longue, et, en outre, ont derrière elles la foule obscure des images de bois d'où elles dérivent sans conteste, quel moyen de voir en elles des étrangères?
On dit d’elles, parfois, qu’elles ont « quelque chose d’oriental». En effet, leur coloris brutal et leur physionomie ont quelque chose de barbare, et par conséquent d’oriental. De plus, certaines d’entre elles rappellent directement les bas-reliefs d’Assos, et le Moschophore fait penser aux statues chypriotes. Mais de ces analogies, on a tiré des conséquences fort exagérées2; et voici le moment, je crois, de revenir à la question que nous avons déjà étudiée dans notre premier chapitre, à savoir les influences qui ont pu s’exercer de l’Orient sur l’art attique naissant.
Il me paraît évident que, si l’Orient a fourni aux premiers imagiers de l’Attique quelques sujets, des motifs tout prêts, des attitudes, il ne leur a point fourni, en tout cas, les moyens techniques de réaliser ces sujets; dès lors son rôle se réduit à peu de chose. A qui se préoccupe, non pas de la propagation des idées
1. La sculpture insulaire, par exemple, n’a pas dû passer par les trois mêmes phases — bois, calcaire poreux, marbre — que la sculpture attique. Elle a dû sauter du bois au marbre, car nous savons que le marbre a été travaillé dans les lies de très bonne heure. La raison principale de ce fait est sans doute que le marbre des Iles, qui est de très gros grain, se travaille avec une facilité bien plus grande que le marbre à grain très fin et très serré du Pentélique ou de l’Hymette. D’ailleurs, le calcaire tendre a pu être aussi employé dans les Iles, mais exceptionnellement :1e seul exemple qu'on en puisse citer jusqu’à présent est une petite tête d’homme, trouvée à Samos(cf. Athen. Mittheil., XXV, 1900, p. 151-152).