Cf. ’Apx- Ae),rtov, 1888, p. 203-204 (Cavvadias
et des mythes, mais uniquement, comme nous le faisons ici, du développement de l’art, il n’importe pas beaucoup vraiment que le prototype du duel d’Héraclès et Triton soit asiatique 1 et que les combats d’animaux aient été un lieu commun de l’ancien art oriental. De tels sujets ont pu se transmettre par les pierres gravées, vases de métal, etc., que le commerce répandait au loin; il ont au passage frappé les yeux des artistes grecs, dont l’imagination était pauvre encore, et ceux-ci les ont adoptés. Mais ce qu’ils ont adopté, c’estle contour seulement et non l’esprit intime de ces sujets ; ils en ont copié à peu près la silhouette, mais non le style ; il les ont pris comme des moules vides, qu’ils ont ensuite remplis par leurs procédés à eux, et l’exécution de ces soi-disant copies est purement grecque2 3. Or, quand il s’agit d’un art aussi dépendant de la matière, en principe, qu’est la sculpture, et lorsque cet art n’a pas encore franchi cette période de son progrès où la matière fait sentir le plus tyranniquement ses exigences, c’est les efforts de l’artiste pour venir à bout de telles exigences, c’est les qualités et le caractère particulier de la facture, qui méritent plus que tout le reste notre attention. Aussi bien ne doit-on pas oublier que les sujets prétendus asiatiques, traités par les premiers sculpteurs, s’étaient déjà, quelle que fût leur origine, depuis longtemps grécisés 3 sous la main des peintres, des céramistes, des fabricants de plaques en bronze estampé. Je ne crois cependant pas qu’il faille ramener la discussion de ce côté. Pour les raisons que nous avons dites, il n’importe guère que les vieux imagiers attiques aient exercé sur tel ou tel sujet leur science lentement croissante : ce qui nous importe ici, c’est leur science même
1. Cf. Milchhœfer, Anfænge d. gr. Kunst , p. 8i sqq. ; Roscher’s Lexicon , art. Ile rakles, p. 2192 (Furtwængler); J. Escher, Triton und seine Belcæmpfung durch Herakles, p. 115.
2. On connaît l’ingénieuse et juste comparaison de Brunn ( Griech . Kunstgeschiclite, I, p. 73) : «Les Grecs ont emprunté l’alphabet aux Phéniciens ; mais ce qu’ils ont écrit avec, ce n'est pas le phénicien, c’est leur propre langue. De même, s’ils ont emprunté à d’autres l’alphabet de l’art, il reste toujours que, en art comme en littérature, c'est leur propre langage qu’ils ont parlé. »
3. Sur cette « transposition » grecque des sujets d'origine orientale, cf. Athen. Mittheil., IV, 1879, p. 57-62 (Milchhœfer). — M. Watzinger (dans Wiegand, op. L, p. 225-227) a montré combien certains motifs d’origine orientale, tels que le combat du lion et du taureau, étaient répandus dans l’ancien art de la Grèce d’Asie, c'est à dire du pays qui avait eu naturellement le plus de rapports avec les civilisations orientales. 11 va de soi que, si c’est bien d’Ionie que ces motifs se sont répandus dans le reste de la Grèce, spécialement en Attique, ainsi que le pense M. Watzinger, ils étaient déjà entièrement grécisés.
CARACTÈRES DE l’aRT ATTIQUE PRIMITIF
et ses progrès. Et l’analyse la. plus minutieuse de leurs œuvres ne saurait faire découvrir la moindre trace d’une influence orientale quelconque, ni dans leurs procédés techniques, ni dans le graduel développement de leur sens artistique.
Cette autochtonie de la primitive sculpture attique, nous avions cru pouvoir l’affirmer dès la période du bois, à propos dos xoana et des reliques « dædaliennes »C Malgré le manque total des monuments pour cette époque, certains détails de la légende de Dædale, l’importance accordée à certaines initiatives, si humbles qu’elles en paraissent véritablement enfantines, le souvenir persistant des longs débuts pénibles et des outils les plus élémentaires inventés un à un, — tout cela nous avait paru impliquer la preuve d’une croissance livrée à elle-même, sans appuis étrangers. Si maintenant l’on se rappelle quel étroit lien rattache les sculptures en pierre tendre aux sculptures plus anciennes en bois, et que celles-là (nous l’avons amplement montré) continuent celles-ci tout droit, en sont la suite logique et nécessaire, notre conclusion première ne se trouve-t-elle point par là vérifiée et confirmée ? Non que j’exclue toute espèce d’action exercée par l’Orient sur le monde grec. Je crois fermement que l’Orient a suscité la première étincelle de l’art en Grèce, comme sans doute de la science et de la philosophie. Seulement l’art se manifeste sous des formes très diverses, et, pour chacune de ses variétés, la question d’influence étrangère se pose à nouveau en termes plus précis. Je crois encore que l’Orient a fait beaucoup pour les arts industriels, à cause du grand nombre d’objets de transport facile que le commerce avec l’Orient a répandus en Grèce. Mais les mêmes causes n’existaient point pour la sculpture, notamment en Attique. Abstraction faite de certains sujets tirés d’un répertoire banal, à la constitution duquel l’Orient avait contribué, les sculpteurs attiques du vif siècle et du commencement du vic siècle ne doivent rien qu’aux traditions de leur école et à leurs propres efforts. C’est plus tard, dans le cours du vie siècle, que les influences étrangères pourront agir avec efficacité sur la statuaire grecque, parce qu’alors des relations fréquentes existeront entre la Grèce et les nations voisines et qu’on verra des artistes grecs voyager jusqu'en Égypte, des artistes déjà savants, sachant aussi qu’il leur reste à apprendre, capables de