Cf. ci-dessus, p
CARACTÈRES DE l’aRT ATTIQUE PRIMITIF 143
et gracieux, est présent toujours, jusque dans les meilleures productions de l’art ionien. Tout autre se révèle la nature des sculpteurs attiques contemporains ; ils ont plus de sève et de virilité, plus de fermeté dans la main, une façon plus franche de marcher à leur but ; et même, leur visible préférence pour les constructions solides et les fortes charpentes, pour la robustesse plutôt que pour la finesse des formes, conduirait à croire qu’ils sont, malgré les affinités de race, moins rapprochés des Ioniens que des Doriens.
On a dit, en effet, que l’art attique et l’art dorien, dans la première période de leur développement, pouvaient être confondus ensemble pour être opposés tout d’un bloc à l’art ionien de la Grèce d’Asie1. Cela est exagéré, ou du moins cela n’est vrai que si l’on retient seulement des sculptures attique et dorienne leurs caractères anti-ioniens , en laissant volontairement de côté les autres. Mais tous ces autres caractères, qui ne concordent pas, sont loin d’être négligeables. Il ne faut qu’un coup d’œil sur les sculptures en calcaire de l’Acropole et sur les vieilles métopes de Sélinonte pour voir que les unes et les autres témoignent d’un esprit différent. A Sélinonte, l’exécution est d’une rudesse, d’une brutalité rares; les personnages étalent lourdement la vigueur de leurs corps pesants; ils ont des proportions courtes, les muscles débordants, la taille trapue et massive. L 'Héraclès, le Persée surtout ont quelque chose d’assyrien, non point certes dans les traits de leur visage, ni dans le détail de leurs formes, mais bien à cause de ce même caractère de force lourde et écrasante, qui fait la farouche grandeur des figures assyriennes. A quoi s’ajoute une expression de physionomie particulièrement dure et sévère, voire maussade et morose; la bouche est droite, non pas arquée; les lèvres serrées se projettent un peu en avant, comme pour une moue de mauvaise humeur; les yeux, très grands, regardeni droit avec une fixité impérieuse. On voit, dans tous ces traits, se manifester au naturel l’énergie rude, la force tendue et concentrée du génie dorien. — Rapprochés des métopes de Sélinonte, les personnages des vieux frontons de l’Acropole, même les plus monstrueux, paraissent presque élégants; du moins, la vigueur de leurs corps nus n’a pas cet excès de lourdeur et de raideur qui distingue leurs contemporains de Sicile.