Cf. Atken. Mittheil XIII, 1888, p. 130 (Winter
Et quelle différence pour l’expression des physionomies ! Les visages du triple Typhon respirent l’aménité et tout ensemble la joie de vivre et un désir de plaire; ils ont le regard clair et un léger sourire heureux; ils sont fort éloignés de l’air d’inflexible sévérité qui durcit les yeux, comprime les lèvres et serre les mâchoires de YHéraclès ou du Persée. Ce n’est pas le même aspect, ni le même esprit; on a devant soi les représentants d'une autre famille 1 . Les anciennes sculptures de l’Attique ne sont donc guère moins différentes, en réalité, de celles de Sélinonte qu’elles ne le sont de celles d’Assos. Si, en certains points, elles se rapprochent tantôt des unes, tantôt des autres, elles demeurent en fin de compte presque à égale distance des unes et des autres.
J’ai pris pour termes de comparaison les reliefs d’Assos et les métopes du temple C de Sélinonte, parce que ces sculptures sont, comme je l’ai dit, à peu près contemporaines des plus anciens frontons de l’Acropole, qu’elles sont aussi taillées dans une matière sensiblement pareille, et surtout qu’elles appartiennent au même genre de décoration monumentale. Mais il importe de montrer que leurs caractères respectifs n’ont rien d’exceptionnel, qu’ils se retrouvent dans d’autres oeuvres encore de diverses provenances et d’époques diverses, et qu’ainsi nous n’avions pas tort de les considérer comme étant la réelle et juste expression de deux penchants distincts du génie grec. — A Sélinonte déjà, la série des sculptures aujourd’hui connues, lesquelles se suivent jusqu’en plein ve siècle, témoigne d’une remarquable unité de style2. Les rudesses de la surface ont beau s’être atténuées par l’effet du savoir de plus en plus assuré des exécutants, et probablement aussi par l’effet de certaines influences : le fond n’a pas changé, ce fond de gravité un peu morne, de raideur un peu maussade, qui se marque spécialement à l’extérieur dans la bouche aux lèvres serrées, d’où le sourire parait absent à jamais3. Cette bouche droite et raide, ces grands yeux fixes et sévères, nous les rencontrons dans la tête colossale d'IIéra, en calcaire, provenant de