‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 75 sur 312 · Cf. Benndorf, op. L, p · texte numérisé non relu

Cf. Benndorf, op. L, p

3. Cf. les têtes du v° siècle réunies par M. Benndorf (op. L, pl. XI); la tète d'IIéra dans la belle métope Zeus et Héra (Ibicl., pl. VIII ; ou Brunn- Bruckinann's Denkmæler, 290, A).

CARACTÈRES DE l’aRT ATTIQUE PRIMITIF

l'Héræon d’Olympie. La musculature « assyrienne » du Persée, sa face lourde et ses gros yeux, nous les retrouvons dans ces deux statues, exécutées pour Delphes, antérieurement à 550, par Polymédès d’Argos1, en lesquelles on pencherait à voir de simples portefaix, si on ne craignait de faire injure peutêtre à Apollon lui-même. Et, après avoir comparé ses « portefaix » argiens au Persée et à l 'Héraclès de Sélinonte pour les formes courtes et ramassées, à YHéra d'Olympie pour l’entaille rectiligne de la bouche, aux Dioscures du Trésor des Sicyoniens2 pour l’aspect d’ensemble, M. Homolle les rapproche encore, pour l’arrangement et les moindres détails de la coiffure, des deux très anciennes statues de femme découvertes, l’une près de Tégée, et l’autre à Éleuthernes en Crète3... Je bornerai là cettê énumération sommaire4; il suffît que nous ayons eu à nommer déjà la Crète et l’Arcadie5, Argos6, Sicyone, Olympie et la Sicile7, et que des œuvres variées de ces provenances différentes nous aient paru incontestablement unies par un commun air de famille.

Une concordance non moins certaine rattache les unes aux autres les sculptures du vie siècle que nous connaissons dans la Grèce orientale, depuis les reliefs d’Assos jusqu’à ceux de la

1. Cf. Bull. corr. hell ., XXIV, 1900, pl. XV1II-XX1, p. 445 sqq. (Homolle); Perrot, Hist. de l'art, VIII, pl. 1X-X, et p. 455, fig. 226; Homolle, Fouilles de Delphes, IV, pl. l-II.

2. Cf. Perrot, Hist. de l'art, VIII, p. 457, fig. 227 ; Homolle, Fouilles de Delphes, IV, pl. III, 2.

3. Statue de Tégée : Mus. nat. d'Athènes, 57. Cf. Bull. corr. hell., XIV, 1890, pl. XI; Perrot, Hist. de l'art, VIII, p. 434-435, fig. 210-211. — Statue d'Éleuthernes : musée d'Héracleion (Candie). Cf. Rev. arch., 1893, I, pl. III-1V ; Perrot, op. I., p. 431 et 433, fig. 208-209. — Le rapprochement fait par M. Homolle est très juste, et il est significatif : des ressemblances de ce genre ne sont jamais des rencontres fortuites.

4. Je n'ai énuméré que des œuvres en pierre' je citerai, dans les notes qui vont suivre, quelques petits bronzes.

5. Cf. aussi, pour î'Arcadie, les petits bronzes archaïques publiés par M. Furtwængler (München. Sitzungsb., 1899, II, p. 566 sqq.).

6. Cf. encore, pour l’Argolide, ie petit Zeus en bronze, signé d'Hybristas, dont la provenance serait Épidaure : autrefois dans la coll. Tyszkiewicz (Frœhner, Coll. Tyszkiewicz, pl. XXF, passé ensuite dans la coll. Dutuit, et maintenant conservé à Paris, au petit Palais des Champs-Elysées (cf. Collignon, dans Gazelle des Beaux-Arts, 1903, II, p. 120). M. Furtwængler avait déjà rapproché ce bronze de ceux de l’Arcadie (/. /., p. 579).

7. Cf., pour la Sicile, la partie supérieure d une petite Aphrodite en bronze, qui doit dater de la première moitié du vi” siècle (Frœhner, Coll. Tyszkiewicz, pl. XXIII, 1-3). Elle n'est pas sans analogie avec le type des statues de Tégée et d’Eleuthernes.

grande tour funéraire de Xanthos. Mais, sur le caractère essentiel de ces sculptures, on a propagé récemment, à la suite de la découverte du Trésor des Cnidiens, une opinion que je crois erronée. Devant les formes très charnues, très épaisses, que présentent certains des personnages figurés dans la décoration de ce Trésor *, on a rappelé avec complaisance les formes analogues déjà observées dans les métopes deSélinonte et dans d'autres œuvres de la Grèce occidentale, et on en a conclu que tous les sculpteurs du vic siècle, en n’importe quelle région, avaient travaillé suivant le même esprit et d’une façon à peu près identique; on a cru, en outre, pouvoir ajouter que cette façon était due à l’initiative des artistes ioniens, dont la supériorité s’était imposée à toute la Grèce : c’est la thèse du « tout à l’ionisme »1 2.

Elle ne me paraît pas juste. Voici les traits essentiels (pour la question présente) que je constate dans les sculptures du Trésor des Cnidiens. C’est, d’abord, »un sentiment très vif de l’élégance, une coquetterie fine et jolie, un peu cherchée parfois, presque toujours heureuse, dans le détail des vêtements et des coiffures, et aussi dans l’exécution de quelques parties du corps, comme les pieds nus des personnages assis ou les oreilles, le nez, les barbes minutieuses de tels combattants casqués ; et c’est, en second lieu, dans le rendu général des formes, une extrême mollesse du dessin, une épaisseur et une lourdeur presque incroyables du modelé. Pour le premier de ces deux caractères, à savoir cette élégance coquette du détail, qui est surtout propre aux figures de femmes, mais qui a passé aussi plus ou moins aux figures d’hommes, j’aurai bientôt l’occasion d’y revenir; je me contente ici d’observer qu’on ne

1. Cf. Perrot, Hist. de l'art, V1H, p. 365 sqq., fig. 160-177 ; Ilomolle, Fouilles de Delphes, IV, pl. VII sqq.

2. Cf. Pottier, Catal. des vases du Louvre, II, p. 510, 5S6, et Mélanges Perrot, p. 275. Cf. aussi un article de M. Ilomolle {Bull. corr. hell., XXIV, 1900, p. 427 sqq.), auquel renvoie précisément M. Pottier; on notera cependant que certains passages de cet article (p. 461 et p. 462, note) tendent à modifier et rectifier, très heureusement à mon sens, ce qu'auraient d’exagéré les affirmations antérieures. — M. De ltidderestde ceux qui se sont montrés, à ce sujet, le plus absolus. 11 est revenu abondamment sur cette idée, qu’il n’y a pas d'art dorien, pas d'école argienne avant le ve siècle (cf. Catal. bronzes Acrop., p. xvm sqq.; Bull. corr. hell., XXII, 1898, p. 451, note 3 ; Mélanges Perrot, p. 301 ; Rev. et. gr., XV, 1902, p. 385). Mais M. Ilomolle luimême (art. cité, p. 449) s’est chargé de montrer en quelques mots combien cette théorie radicale est peu vraisemblable, et qu’elle est d’ailleurs contredite par les faits.

CARACTÈRES DE l’aRT ATTÏQDE PRIMITIF

rencontre assurément rien de pareil dans les ' sculptures les plus anciennes delà Grèce occidentale, ni même dans la majorité des plus récentes. Mais c’est le second caractère qui fait le point central du débat. Or, s’il est vrai que la plastique grecque au vie siècle a, presque toujours et partout, doté le corps humain d’une musculature puissante et lourde1 2, et si donc on avait tort jadis d’opposer le « style dorien », avec ses formes robustes et carrées, au « style ionien », avec ses formes prétendues plus fines et plus sveltes, il faut bien reconnaîtré cependant que ce commun trait d’épaisseur et de lourdeur prend un aspect différent selon les œuvres et selon les régions’!, et qu’il s’accompagne, ici et là, d’autres traits non négligeables, plus importants même, qui en modifient gravement le premier sens. !’

Avec les figures du Trésor des Cnidiens , considérons aussi les statues dites des Brctnchides , Y Aphrodite de Clazomènes la stèledeSymi3, Y Héraclès de Thasos4,la GoryoncdeDidymes5, les reliefs du « Monument des Harpyes » et ceux du Cortège funéraire de Xanthos6. Dans ces œuvres, qui ne sont pas exactement du même temps et qui sont aussi d’un mérite inégal, mais qui sont des produits de la même région, s’ajoute toujours à l’épaisseur habituelle des formes ce caractère de mollesse et d’indécision que nous avons signalé déjà dans les reliefs d’Âssos. Rayet, après avoir dénoncé ce caractère, même dans la meilleure partie du « Monument des Harpyes », ajoutait avec raison que, dans les autres parties moins bonnes, « les tendances.1 de l’école se manifestent plus clairement par leur exagération

1. Ce caractère doit être dû, au moins en partie, à .l’importance exceptionnelle que l’athlétisme eut toujours aux yeux des Grecs, en sorte que l’idéal qui s’imposa à l’art dès le début et pour un très long temps fut l’idéal athlétique (cf. J. Lange, Darstèllûng cl. Menschen , trad. Mann, p. 23, 23, 37). — M. Pottièr [Journ. clés Savants, 1903, p. 193; Rev. arch., 1904, I, p. 216) est disposé à reconnaître, dans la lourdeur des sculptures de la Grèce orientale, une influence de l’esthétique chaldéenne et assyrienne. Pour moi, je ne crois guère à cette influence, puisque le même caractère de lourdeur se rencontre aussi bien à l’extrémité occidentale du monde grec; Du reste, comme je tâche de le montrer ici, le trait principal n’est pas la lourdeur, mais la qualité particulière de cette lourdeur.

2. Cf. 'Rev. arch-, 1900, fl, pl. XV; Perrot, llisl. de l'art, VIII, p. 324, fig 137.

3. Cf. Bull. corr. hell.-, XVIII, 1894, pi. VIII: Perrot, op. t, p. 331, fig. 143

4. Cf. Bull. corr. hell., XVIII, 1894, pi. XVI; W ien. Jahreshefte, VI, 1903, p. 181, fig. 107.

5. Cf. Haussoullier-Pontremoli, Diclymes, p. 190 sqq., pl. XX; Perrot, op. I.,

p. 283-283, fig. 116-117. oii : /

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