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15 i LA SCULPTURE ATTIQUE AVANT PHIDIAS
de l’envahissement artistique du Péloponnèse par l’Ionie. Or, quand même Smilis serait un Ionien de Samos, au lieu d'être un Dorien d’Ægine *, l'existence de ses trois Mores à Olympie — dans l’un de ces grands sanctuaires où s’amassaient des statues de partout — ne suffit pas pour qu’on lui attribue une action si considérable, dont les résultats, au surplus, n’apparaissent nulle part. Il est juste d'admettre, cependant, que, dès la première moitié du vie siècle, des sculpteurs ioniens purent venir quêter du travail dans le Péloponnèse, et que, par une voie quelconque, l’influence ionienne commença d’agir, au moins légèrement, sur l’art dorien. Le sourire indécis, qui éclaire un peu la grosse face des « portefaix » de Polymédès, et le sourire plus large, qui plisse le visage de l’homme assis dans la stèle de Chrysapha1 2 3, seraient parmi les premiers indices de cette influence-là. Mais on remarquera combien elle est superficielle encore et laisse intact le fond vigoureux et rude de l’art local-h
En somme, dans la période de temps à laquelle appartiennent la majeure partie des sculptures en pierre tendre de l’Acropole, la Grèce orientale et la Grèce occidentale ont chacune leur art distinct, et ces deux arts, que nous nommons en bloc l’art ionien et l’art dorien, offrent chacun certains caractères fixes, permanents, qui leur constituent ce qu’on peut appeler une personnalité définie et indépendante. Il reste à préciser ce que nous n’avons fait qu’indiquer en quelques-unes des pages
1. Déjà avant M. Furtwængler, M. Studniczka ( Rœm . Miltheil.. II, 1887, p. 109) avait mis en doute que Smilis fût un Æginète. Mais M. Lœschcke ( Alhen . Miltheil., XXII, 1897, p. 262) continue à tenir pour la tradition. On remarquera, en effet, que c’est à deux reprises et en deux endroits différents (V, 17, 1 ; VII, 4, 4) que Pausanias assigne Ægine pour patrie à Smilis ; il indique aussi le nom de son père, et l’on sait par ailleurs qu’il avait emprunté ce renseignement à Olympichos. Mais où Olympichos lui-même avait-il pris ses informations? 11 se pourrait que ce fût simplement dans les inscriptions que Smilis avait jointes à ses œuvres, et, par conséquent, que ce fût Smilis en personne qui aurait fait connaître à la postérité le nom de sa patrie : son témoignage mériterait quelque créance. D'ailleurs, il serait peut-être plus urgent de préciser la date de Smilis que son pays d’origine; je croirais volontiers qu’on l a trop reculé dans le passé et qu’il appartient à la seconde moitié du vr siècle. — Sur les travaux relatifs à Suiilis, cf. Ilitzig et Blümner, éd. de Pausanias, II, p. 390-391.
2. Musée de Berlin : Beschreibung ant. S/culpt ., 731. Cf. Brunn-Bruckmann’s Denkmæler , 227, A; Collignon, Jlist. sculpt. gr., I, p. 233, fig. 111; Perrot, Hist. de l'art, VIII, p. 439, fig. 213.
3. M. De Ridder ( Catal . bronzes Acrop., p. xix-xx) est d’un autre avis; mais je crois que l’analyse qu’il a faite de la stèle de Chrysapha n’est pas tout à fait exacte. Ceux qui voudront se rendre compte du vrai caractère de ce relief doivent le regarder de profil , soit sur l’original ou sur un moulage.
CARACTÈRES DE Il’aRT ATTIQCE PRIMITIF 155
précédentes, à savoir quelle place océtq e, à côté de l’art ionien et de l’art dorien, la sculpture attique, et par quels traits spéciaux elle accuse à son tour sa personnalité.
La sculpture dé l’Attique, telle qu’elle nous apparaît dans ses œuvres les plus anciennes, a quelque chose de commun avec celle de la Grèce orientale, quelque chose de commun avec celle de la Grèce occidentale, et ne se confond pourtant ni avec l’une ni avec l’autre; elle se tient presque à égale distance de l’unë et de l’autre, en penchant peut-être davantage du côté dorien. La rondeur et la mollesse qui gâtent si souvent les productions des Ioniens sont étrangères aux Attiques. Leurs figures, dans les attitudes passablement diverses où nous! lés voyons, sont posées fermement : drapées ou nues, le dessin y témoigne d’un goût remarquable de simplicité et de netteté1. Ellesn’ont pas cependant la raideur tendue, la fixe et anguleuse armature des œuvres doriennes. Surtout elles n’ont pas de celles-ci l’air de visage austère et les lèvres rigidement serrées ; leur bouche est assouplie et leurs, yeux éclairés par un sourire. Mais ce sourire n’est pas non plus le gros sourire ionien qui relève les coins des lèvres et des yeux et arrondit lourdement sur les joues la chair des pommettes; il est bien plus discret, il arque à peine la bouche et laisse horizontal le grand axe des deux yeux. La structure de la tête mérite d’être considérée2 : on n’y trôuve pas la forme de crâne large et aplatie qui, dans l’art dorien, se perpétuera jusqu’aux types de Polyclète; on n’y trouve pas non plus le front fuyant, le sinciput remontant, très convexe et prolongé en arrière, qui sont de règle dans les têtes ioniennes; le crâne est modérément arrondi pardessus et par derrière, et très justement proportionné de façon qu’il n’y ait excès l’un sur l'autre ni du diamètre antéro-postérieur, ni du diamètre transverse ; le front presque vertical, les plans simples des joues, le menton large et bien assis décèlent une ossature solide, que la chair couvre sans l’empâter, mais dont la solidité non plus ne s’étale pas. On remarquera encore que, l’épaisseur des formes étant, comme nous l’avons dit, un trait général de toute la sculpture grecque primitive, chez les Attiques cependant cette épaisseur est