‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 81 sur 312 · Cf. Collignon, Hist. sculpf.gr., I, p · texte numérisé non relu

Cf. Collignon, Hist. sculpf.gr., I, p

2. Cf., par exemple, la tête du dieu drapé, provenant du fronton d'iris : cidessus, p. 61 (Au mus. de l' Acrop., p. 99, lig. 5),

ir»6 LA SCULPTURE ATTIQUE AVANT PHIDIAS

moins prononcée qu’ailleurs, même dans des représentations telles que combats monstrueux et dans des personnages tels qu’Héraclès, où ce trait eût été le plus compréhensible et excusable. Bref, il semble que l’art attique soit dirigé, dès ses débuts, par un secret instinct de mesure qui le préserve des excès choquants et des étalages agressifs, et le conduit à occuper un juste milieu entre l’art de la Grèce orientale et celui de la Grèce occidentale.

Je voudrais ôter ici à l’expression « juste milieu » le sens peu favorable qu’on lui donne d’habitude, Elle n’implique pas nécessairement défaut d’originalité, émoussement des caractères personnels. De toute évidence, la sculpture attique de la première moitié du vie siècle n’est pas un produit factice, résultat d’une habile combinaison et d'un dosage calculé d’éléments pris, les uns à gauche, les autres adroite. Ce qu’elle est, elle l’est naturellement, spontanément; elle n’est pas moins originale que les deux sculptures concurrentes. Mais la meilleure part de son originalité tient à ce que, possédant ensemble quelques-uns des caractères opposés de ces deux-là, elle sait, par une heureuse faculté qui lui est propre, les équilibrer et les concilier dans les premières ébauches de son idéal plastique; et de làrésulte une aptitude particulière, dont nous verrons bientôt les effets, à comprendre les productions de l’art ionien comme de l’art dorien, à les accueillir, et à bénéficier des meilleures acquisitions réalisées par chacun d’eux.

On ne saurait avoir la prétention de pénétrer et éclairer à fond la raison d’être des traits primordiaux de l’art attique. L’analyse est délicate de ce qui touche au plus intime de l’esprit d’un peuple, et l’on tenterait vainement de remonter jusqu’à la lointaine source cachée. Du moins est-il possible d’indiquer comment a été déterminée, et en tout cas fortifiée, par la situation même du pays attique et par certaines conditions de son histoire, cette tendance au «juste milieu », que nous constatons non pas seulement dans son art, mais aussi et pareillement dans son dialecte1.

1. « [Le dialecte] ionien se distingue par sa fluidité , par la multiplicité des voyelles, par sa douceur... L’ionien est le grec d’Asie, légèrement amolli... [Quant au dorien,] la gravité était sa qualité propre. 11 recherchait les sons pleins... avec une prédilection qui lui donnait une certaine lourdeur... Proche parent de l’ionien, le dialecte attique lui ressemble par l’atténuation des sons pleins, mais il s'en distingue par une fermeté que l'ionien a perdue de bonne

CARACTÈRES DE l’aRT ATTIQUE PRIMITIF

La petite contrée dont Athènes fut le centre est l’unique terre demeurée ionienne sur le continent d’Europe; elle s’allonge vers le sud-est, vers les lies et la côte d’Asie, où s’était répandu tout le reste de la population ionienne ; au souvenir très vif de la communauté d’origine s’ajoutent des liens, soit politiques ou religieux, qui l’unissent à maintes cités de cette Grèce orientale. Mais, au nord et à l’ouest, l’ionienne Attique ne voit autour d’elle que des populations issues d’autres souches ; la dorienne Mégare et la dorienne Ægine sont à quelques lieues d'Athènes ; l’Attique est presque une enclave en pays non ionien ; ses habitants se trouvent avoir des relations moins faciles et moins fréquentes avec leurs frères insulaires et asiatiques qu’avec leurs voisins continentaux, qui ne sont pour eux que des demi-frères L Cependant, ils ne songent pas à dresser une barrière, ni matérielle, ni morale, contre l'intrusion des éléments étrangers et des influences étrangères dans leur cité. Ils proclament à la fois et leur autochtonie et leur philoxénie2. De bonne heure, ils ont eu à pratiquer leurs vertus hospitalières ; des groupes d’émigrés ont afflué au moment de l’invasion dorienne; et c’est alors que certaines familles, destinées à compter parmi les plus grandes d’Athènes, s’y sont établies, venant d’Ægine, de Messénie et d’ailleurs. Ainsi l’Attique enrichissait son propre fonds, augmentait pour l’avenir son capital de forces actives et d’aptitudes intellectuelles h Par les caractères natifs qui la rendaient, plus que toute autre cité grecque, accueillante aux étrangers, et par la faculté d’assimilation qui lui permettait de fondre dans l’unité

heure. Plus serré dans la contexture de ses mots, il a toute la force désirable avec une certaine rapidité élégante et concise. » (Croiset, Hist. litt. gr., I, p. 37-39.)

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