‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 82 sur 312 · Cf. Perrot, Hist. de l'art, VIII, p · texte numérisé non relu

Cf. Perrot, Hist. de l'art, VIII, p

2. Autochtonie : cf. Thucydide, I, 2 ; 11, 36. Philoxénie : cf. Thucydide, II, 39; Strabon, X, 3, 18; Suidas, Lexicon , s. v. üecpiOoïSai. — Le mot autochtonie ne doit, bien entendu, être pris qu’en un sens relatif. Il n’y a pas lieu, en ce moment, de rechercher si les Ioniens de l’Attique n’étaient pas, eux aussi, arrivés du dehors et ne s’étaient pas mélangés à une autre population plus anciennement établie dans le pays. Quand les Athéniens du vc siècle affirmaient leur autochtonie, c’était par rapport au bouleversement général qui avait résulté de l’invasion dorienne; ils se bornaient à affirmer que, tandis qu’il y avait eu alors un changement et renouvellement de la population dans toute la Grèce, celle de TAttique n’avait pas bougé. — Sur la pkiloxénie des Athéniens, cf. les réflexions de Dumont, Éphébie attique , I, p. 93 et 109, etde-M. Foucart, Associations religieuses, p. 131.

3. Cf. Curtius, Hist. grecque, trad. Bouché-Leclercq, I, p. 369-371.

de son esprit national les éléments importés du dehors, Athènes était préparée à devenir le creuset où se combineraient en un précieux alliage des qualités diverses, qu’on eût pu croire malaisément conciliables, parce qu’on ne les avait vues encore qu’isolées, presque opposées l'une à l’autre, et, chacune à part, poussées jusqu’à l’intransigeance. Nous dirons plus tard quel concours de circonstances heureuses favorisa l'épanouissement suprême de l’art attique; mais la première cause, la plus ancienne et la plus profonde, de sa grandeur future a été ce génie large et , souple, assez souple pour passer aisément de l’idéal artistique de la Grèce orientale à celui de la Grèce occidentale, assez large pour les comprendre tous les deux ensemble et' les dominer.

Le Moschop/iore , la Femme à la grenade et les divers marbres de moindre importance qui se groupent autour de ces deux statues nous ont montré à quel point en était arrivée la sculpture attique, vers 550, dans son développement régulier, logique, et, si je puis dire, tranquillement rectiligne. Elle a continué quelque temps encore dé marcher ainsi : nous en avons la preuve par la statue 679 de l’Acropole (Au musée de l' Acrop ., p. 325, fîg. 31), celle qué j’ai proposé d’appeler, à cause de la forme carrée et, en apparence, à peine dégrossie de son corps, la statue ccoanisante1. Je ne pense pas qu’on puisse dater cette figure à vingt années près ; mais il suffit qu’on ne puisse mettre en doute qu’elle est notablement postérieure au Mùschophore et qu’elle appartient a la seconde moitié du vi° siècle. En effet, on ne trouve plus en elle aucun vestige de cette technique du bois et de la pierre tendre, dont, l’influence marqua, durant quelque temps, même les œuvres de marbre et dont les traces demeurent si visibles dans le Moschophore. Puis, d’autre part, ce pseudo-xoanon aux contours trop géométriques laisse voir néanmoins une franchise, une netteté d’exécution, et j’ajoute, malgré le semblant de contradiction de ces deux mots, une aisance dans la raideur, qui témoignent d’un art déjà sûr et conscient des progrès réalisés.

Mais, si une étape nouvelle a été franchie, il n’y a là pour-

1. Cf. MvTjgeïa- rr,ç 'E),).âôo;, pl. XVI, 1 (bibliographie) ; y ajouter : C. Jœrgensen, Kvinile figurer.. , p. 32, fig. 15'; Bulle-IIirth, Schœne Merisch : Âltertum , pl. 29, à gauche; Alhen. Mitt/ieiL, XVII, 1S92, p. 48, D, et p. 64 sqq. (Sauer) ; Perrot, Ilist. de l'art , Vül, p. 603, fig. 303.

CARACTÈRES DE l’aRT ATTIQUE PRIMITIF 4 59

tant pas un trait qui ne nous soit déjà connu. La figure porte l'ancien costume attique 1 : chitôn arrêté aux chevilles et péplos à apoptygma , serré par une ceinture ; et ainsi elle appartient à une suite de représentations féminines que nous avons vu commencer en pleine période de la pierre tendre, et se continuer dans des hauts-reliefs, statuettes et statues de marbre2; à l’himation près, qu’elle a rejeté, elle est encore toute semblable à la Femme à la grenade. Et le lien qui la rattache aux productions du premier archaïsme attique se révèle pareillement dans la construction de ia tête et les caractères généraux de la physionomie, s’il est vrai que le contour du crâne au sinciput peu allongé, le dessin de la bouche au sourire léger et des yeux larges, dont la pente oblique est presque insensible, enfin la qualité de vie et la nuance morale qui résultent de l’ensemble de ces traits, nous rappellent immédiatement la tête du Moschophore , et par delà, au milieu des œuvres en pierre tendre, la tête du Zens de YHécatompédon, la tête du dieu drapé du fronton d'iris {Au musée de l'Acrop., p. 99, fig. 5) et celles même du triple Typhon. Le type attique nous apparaît ici, tel qu’il est venu spontanément et s’est fixé sous la main des plus anciens sculpteurs d’Athènes 3 ; et l’on en retrouvera certains traits persistants, cent ans plus tard, malgré les modifications survenues, dans les têtes attribuées ou attribuables à Phidias et à son école4.

Une œuvre de ce genre a la plus grande importance historique. Avec son air de xoanon attardé, son aspect paradoxal de pilier carré que surmonte une tète animée d’une vie si claire et d'une expression si intelligente, avec son costume qui est le premier costume féminin qu’ont eu à reproduire les sculpteurs attiques, et qui cependant offre aussi la forme première de la belle draperie du ve siècle, avec tqut ce qui, en elle, ramène la pensée aux œuvres antérieures et ce qui doit survivre d’elle

Page 1