N. H., XXXVI
Quels furent les caractères propres de cette école ? Il convient d’abord de la replacer dans l’ensemble dont elle n’est qu’une partie. Nous avons déjà marqué en gros 1 les caractères généraux de la sculpture archaïque de la Grèce orientale : mélange de lourdeur et de coquetterie, de mollesse et de finesse, de rondeur lâchée et d’élégance. Mais ce mélange a été essentiellement variable; les traits opposés, loin de se fixer peu à peu dans une proportion définie, apparaissent avec un relief fort inégal et prédominent plus ou moins les uns sur les autres, selon les œuvres où on les observe. Par exemple, les figures provenant de Milet, de Rhodes et de Samos sont massives, lourdes et rondes, et les petites terres-cuites des mêmes régions confirment que telle était la marque habituelle des statues exécutées en cette partie de la Grèce d’Asie 2. Au contraire, pour les sculptures qu’on a retrouvées à Éphèse et qui, si elles ne sont pas l’ouvrage d’artistes Éphésiens, doivent être en tout cas d’artistes ioniens 3, les qualités d’élégance et de finesse passent au premier plan. Or, dans cette inégale répartition, il est certain a priori que les ateliers de Chios ont eu le mérite de savoir retenir la part la meilleure et la plus brillante : la preuve en est la renommée précoce qu'obtinrent ces ateliers, et la faveur que les productions de leurs chefs illustres trouvaient encore, des siècles plus tard, auprès des connaisseurs. Aussi bien nous pouvons, par une heureuse fortune, en juger nous-mêmes directement, en quelque mesure.
La plus ancienne sculpture de Chios qui nous soit parvenue (fig. 9-11) ne doit pas être postérieure de beaucoup au début du vie siècle 4. C’est le reste d’une statue de femme, un peu plus grande que nature, en marbre; la tête manque, mais le cou subsiste ; le corps est cassé à hauteur du nombril ; les