Cf. Au mus. de l'Acrop., p
LES SCULPTEURS IONIENS AU VIe SIÈCLE
des agrafes ou épingles qui attachent le vêtement sur les bras et les épaules ; ils prennent presque tout de suite un cours parallèle, et s’en vont au hasard, en souples ondulations. Par devant, ils serpentent assez régulièrement vers le bas ; mais, sur le dos, 'les faisceaux opposés se coupent et s’interrompent
Fig. 11. — Torse d’une statue de femme (trouvé à Chios).
brusquement, ou bien se rejoignent, se confondent, et se continuent l’un l’autre. Or, c’est dans ces lignes-là mêmes que réside, à mon avis, le caractère le plus intéressant du morceau. Elles auraient pu être droites et raides, et n'auraient pas été plus éloignées, bien au contraire, de l’apparence réelle des plis d’un vêtement de fine toile ; mais elles sont souples et molles, ondulées et capricieuses, elles ont quelque chose de riant , et décèlent
chez l’auteur une instinctive tendance à la fantaisie aimable et coquette plutôt qu’à la recherche austère du vrai.
Une seconde sculpture en marbre, provenant de Cliios et tout aussi archaïque1, offre exactement le même trait encore. C’est un torse de femme, un peu plus grand que nature, mutilé à peu près comme le premier ; la figure, vêtue du chitôn de toile, était debout, le bras droit tombant vertical le long du corps, le bras gauche replié sur la poitrine entre les deux seins, la main serrant un objet rapporté, qui a disparu, et qui devait être un oiseau ou un fruit2. Malgré la différence des gestes, cette figure et la précédente sont proprement sœurs : elles ont même aspect, même caractère, et nulle part ailleurs, à ma connaissance, on ne trouverait, pour l’indication des plis du chitôn, ce genre de lignes ondulées et légères, qui s'efforcent si peu vers une reproduction fidèle et semblent plutôt un jeu gracieux de la pointe promenée nonchalamment à la surface du marbre.
Cependant ces deux morceaux, si détériorés, et d’un archaïsme primitif, nous renseignent de façon bien insuffisante. La statue de Nike découverte à Délos3 fournit à notre critique un plus solide point d’appui. Non pas que ce marbre soit, comme on a pu le croire durant quelques années, une œuvre authentique de Mikkiadès et d’Archermos : l’inscription détienne, où sont associés ces deux noms 4, concerne une autre sculpture 5, et la Nike demeure anonyme. Mais cela diminue à peine son importance réelle pour l’histoire de l’art. En effet, son style oblige, de toute manière, à la dater de l’époque même d’Archermos ; et, puisqu’Arehermos a été l’inventeur de ce type en statuaire, on doit raisonnablement admettre que les statues de Nike ailée restèrent, au moins quelque temps, une spécialité de son atelier, et ensuite qu’elles furent imitées d’abord dans les autres ateliers qui pouvaient exister à Chios, avant de tomber dans le domaine commun de tous les sculpteurs grecs. Ainsi, la Nike'
1. Cf. Athen. Mittheil., XXIII, 1898, p. Inî5 (Conze). — Je ne sais si cette sculpture existe encore aujourd’hui ; je ne la connais que par le croquis publié par M. Conze.
2. Comparer les statues samiennes de l’Acropole d’Athènes et du Louvre (cf. Au mus. de l'Acrop., p. 393 sqq.).