Cf. Homolle, op. I., p
4. Pline, N. H., XXXVI, 12 : ... conplura in finitiniis insulis simulacra postea (post LX Olympiadem) fecere, sicut in Delo...
d’Archermos ou sous leur influence, ressemblent à la Niké, comme à une mère peuvent ressembler ses filles. — La découverte, faite à Rome sur l’Aventin1, d’une statue archaïque du même type, confirme encore cette opinion : devant cette œuvre, dont la parenté avec les statues de Délos est manifeste, on ne peut se tenir de songer au goût déclaré de l’empereur Auguste pour les sculptures de Boupalos et au transfert à Rome d’un certain nombre de ces sculptures2. Peut-être est-ce une de celles-là qu’on a retrouvée sur l’Aventin; du moins est-il incontestable qu’entre toutes les figures du vie siècle (et nous en avons abondance aujourd’hui) avec lesquelles cette Romaine, ou plutôt cette Grecque exilée à Rome pourrait être comparée, il n’y en a point qui lui touchent de plus près que celles de Délos : elle rentre de plein droit dans le groupe des productions de l’école de Chios.
Du jour où la renommée des sculpteurs de Chios se répandit hors de leur île, c’est à dire au plus tard dès le temps d’Archermos, avant 550, il est inévitable que la qualité particulière de leur art ait influé au moins sur un certain nombre des autres ateliers de la Grèce d’Asie. Cette influence dut être acceptée d’autant plus aisément que, loin d'aller à l’encontre des tendances générales, elle avait pour effet de dégager plus vite et de mieux préciser l’une au moins de ces tendances, et la plus attrayante. Aussi est-il légitime, devant les sculptures du vieux temple d’Éphèse — les unes datées (par le nom de Crésus) de 550 environ, et les autres plus récentes encore3 — d’y soupçonner peut-être la main des artistes de Chios, en tout cas un écho des enseignements répandus par eux. Et ils devaient être pénétrés des mêmes enseignements, les auteurs inconnus de la frise du Trésor des Cnidiens à Delphes, ceux qui ont mis tant de finesse et d’élégance dans tel et tel détail
1. Cf. Bulleltino Commiss. arch. di Homa, IX, 1881, pl. V, 1-2, p. 106 sqq (Ghirardini). — La statue avait été trouvée en 1760, mais était restée un peut dire inconnue jusqu’à la publication de M. Ghirardini.
2. Pline, N. IL, XXXVI, 13. Peut-être les sculptures dont parle Pline faisaient-elles partie d’une grande composition décorative. Mais la base trouvée dans la campagne romaine, et qui porte inscrit le nom de Boupalos (Lœwy, Inschr. gr. Bildli., 497), suffit à démontrer, malgré la date postérieure de l’inscription, qu’il y avait à Rome des sculptures isolées de cet artiste ou qu’on supposait être de lui.
3. Cf. les fragments, dont quelques-uns d'un art si délicat, publiés par Murray, Journ. hell. stud., X, 1889, p. 1 sqq., pl. IV (Calai. Brit. Mus., 1, p. 30 sqq., n"« 46-47).
LES SCULPTEURS IONIENS AU VIe SIÈCLE 183
de la forme, surtout dans les détails du costume et de la coiffure; ces délicieux «naïfs», déjà très habiles et déjà raffinés, qui ont eu eit mains par moments le ciseau le plus spirituel et le plus délicat, et s’en sont si joliment servis, avec une coquetterie toute féminine, qui fait merveille dans leurs figures de femmes et n’est pas toujours à sa place dans leurs figures d’hommes1. Entre les années 550 et 500, les sculpteurs de Chios ont occupé le premier rang dans la Grèce entière, et plus spécialement, comme il est naturel, dans la Grèce orientale. De la grande école ionienne de sculpture, une dans le fond, mais plus ou moins ramifiée, Chios se trouva être de bonne heure et devint de plus en plus la branche principale ; ses ateliers primèrent les autres, influèrent sur les autres ; ce sont les anciens eux-mêmes qui nous attestent que les Archermos et les Boupalos ont été les représentants par excellence de la statuaire ionienne du vi° siècle.
Leur art est donc celui qui a le plus agréé à cette race ionienne, si brillante, si heureusement douée, à qui son ciel et son climat, le sol et la mer avaient préparé tous les éléments d'une vie bonne et qui mit toute son intelligence à embellir la vie, à l’orner pour mieux en jouir; race aux sens agiles, à l’esprit fleuri, rayonnante de jeunesse et de joie, qui devait être la première à tout connaître, la poésie et la prose, l’art et la science, qui devait goûter à tout, commencer tout et ne rien finir; race aux impressions rapides et vives, à l'intelligence plus superficielle que profonde, courant à fleur des idées, aimant la clarté, la gaieté, l’éclat, ennemie de toute austérité, peu amie du sérieux, et qui devait, une fois ses premières curiosités satisfaites et la pointe fraîche de son esprit émoussée, s’enliser peu à peu dans les mollesses de la volupté et dans un luxe épaissi'2. Le voisinage de l’orientale Lydie, la contagion du mauvais exemple, ont hâté cette dégénérescence, que l’oppression perse rendit inévitable. Voyez, dès le viic siècle, ce Magnés de Smyrne, le poète-musicien à l’allure équivoque,