‹ La sculpture aux Salons de 1896Chapitre 10 sur 36 · VERS L AMOUR · texte numérisé non relu

VERS L AMOUR

ST-CB Daplmis et Ciiloë ? Est-ce Myrbil et Glycère? Mais les noms charmants de FEglogue antique, de la bucolique Yirgilienne chantent, malgré nous, à notre oreille, devant ce groupe charmant de deux amants qui

s’ignorent, qui goûtent robsciir douceur de s’aimer sans le savoir encore, qui connaissent déjà la première des joies immortelles que nous donne une mutuelle tendresse. Les yeux perdus dans son rêve, elle écoute les mots qu’il lui murmure plus près de la bouche que de l’oreille, comme il convient pour de telles paroles, à moins qu’elle écoute seulement son silence plus éloquent que toutes les paroles.

Ceux-là n’ont pas entendu encore le poète chanter :

Hélas combien frêles choses Sont les plaisirs et l’amour !

Un peu de vent sur les roses Le court éclat d’un beau jour.

De leur douceur souveraine Que pouvons-nous retenir !

Presque rien ; une ombre vaine Une idée, un souvenir.

Et plus on va, plus la trace Se perd au cœur oublieux ;

Plus l’aile du temps efface Le sillon des jours heureux î

Amour ! Amour, ton délire N’était fait que pour le ciel *

Et non pour les cœurs de cire De l’habitacle mortel.

Ou bien soupirer encore :

Si le vrai bonheur, au terrestre empire,

Est le doux moment où deux jeunes cœurs Epris tous les deux d'égales ardeurs.

Au livre d’amour s'entendent pour lire.

Pourquoi, quand l’un d'eux veut le livre clore.

Soit, par lassitude ou désir de mieux.

Voit-on, aussitôt, l'autre malheureux.

Au livre d’ Amour vouloir lire encor !

Au fait, ne croyez pas que ces jolies pensées en rimes d’une saveur si exquise soient de moi. Je les ai lues autrefois dans un volume d’Auguste Barbier trop peu connu, et, depuis, elles ont toujours chanté dans ma mémoire. Pourquoi me reviennent-elles devant ce tableau des premières amours, ignorantes encore des déceptions de la vie ? Sans doute par cet instinct de constate qui est en nous, par cette puissance de divination qui empoisonne nos impressions les plus pures, en nous montrant l’hiver ouvrant déjà son aile lointaine de neige sous les voiles embaumés du Printemps. Certes ces deux amants qui ne sont encore qu’aux premiers pas dans ce chemin, fleuri de roses puis d’épines de l’amour, n’entendent, Dieu merci, rien à cette cruelle sagesse que nous est venue de souffrir. Ils croient immortel le sentiment qui les porte l’un vers l’autre, qui unit leurs deux cœurs dans un même battement, qui bientôt joindra leurs bouches dans un même baiser.

E voici dans son héroïque armure, le beau vainqueur du dragon, le libérateur des âmes, sous son casque au cimier étoilé et d’où jaillit un rayonnem ent, ouvrant toutes larges ses belles ailes de lumière, ailes d’aigle et de

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