‹ La sculpture aux Salons de 1896Chapitre 11 sur 36 · SAINT-MICHEL · texte numérisé non relu

SAINT-MICHEL

cygne tout ensemble, immaculées et intrépides ; il élève, dans sa main, le glaive vengeur et ses deux jambes chaussées de fer se rapprochent comme celles des oiseaux qui vont prendre leur envolée. A ses pieds le dragon grimace et accroche sa griffe mortelle au piédestal qui supporte le Bienheureux.

Le grand artiste dont est cette œuvre remarquable, a toujours excellé à rendre une idée dans ses évocations plastiques, ce que les sculpteurs se donnent rarement la peine de tenter. Ainsi, dans sa Jeanne cV Arc équestre, laquelle demeure pour moi la meilleure que nous possédions, la très apparente opposition, entre la monture, puissante et la grêle apparence de l’héroïne, nous fait bien assister au triomphe de l’Esprit sur la Matière et jamais ce triomphe ne fut plus simplement et plus noblement exprimé.

Ici encore assurément la plus grande opposition entre la taille du saint et celle de son monstrueux ennemi est pour nous indiquer que le Mal et le Laid ne sont que des accidents sans grandeur auprès du Beau et du Juste. Ce dragon est peut être parent du serpent qui pouvait mordre Eve au talon, mais qui ne put empêcher, dans l’humanité, l’éclosion et la grandeur de l’Amour, consolateur des paradis perdus.

Car ce que représente ce Saint Georges, c"est assurément la victoire de l’Ame sur la Chose, le combat triomphant de la lumière éblouissante avec l’ombre rampante dont l’aurore nouvelle a toujours raison.

Il apparaît ici tel que l’Aurore, tel que la Lyre, tel que tout ce qui délivre et relève. Il a le flamboiement du soleil montant radieux au bord du ciel quand

A l’horizon perdu dans les frissons de l’air,

Comme un fleuve lacté, la lumière s’épanche,

Sur les coteaux légers, que baigne son flot clair,

ou bien encore :

Quand, pareil aux roseaux qu’atteint le flot montant.

Le peuple des vivants s’ébranle dans l’espace.

Et, couché sous le poids de la vague qui passe,

Vers des buts inconnus se disperse flottant.

Inquiet encore du jour qui va venir, encore se débattant sous l’aile incertaine des ombres. Mais voici que le soleil radieux monte des profondeurs lointaines de la mer. Comme Saint Georges, en cette noble image, il porte, à son casque, un éblouissement de feu et son premier rayon déchire la nuit comme le fer d’une épée. Puis ce sont des ailes de lumière qu’il épanouit dans l’espace et voici que le troupeau des mauvais rêves s’enfuit, que le dragon

LA SCULPTUPE ALX SALONS

qui gardait le trésor criminel des mauvaises pensées agonise sous son pied de fer.

Et c’est, dans le monde entier, comme un hymne de délivrance.

Ce que j’ai cherché surtout, dans cette admirable figure, c’est moins son caractère légendaire, si intéressante que soit la recherche qu’en a faite l’artiste, que je ne sais quoi de plus haut et de plus grand, de plus généra] et de plus absolu qu’elle me semble comporter et qui en fait le symbole immortel de toutes les victoires du Beau sur le Mal, de la Clarté sur le h^éant !

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