‹ La sculpture aux Salons de 1896Chapitre 12 sur 36 · MÉGRET · texte numérisé non relu

MÉGRET

LA SCULPTUEE AUX SALOXS

ments, allongé son beau corps en cette pose exquise qui en développe, en un charme voluptueux, les grâces souples et les juvénilles harmonies, et, sœur lointaine, innocente j’en suis convaincu de Narcisse, elle se contemple seule, avec une complaisance marquée, promenant son beau regard pur sur le développement nacré de ses hanches, et le laissant glisser jusqu’à ses jolis pieds pareils à des coquillages roses. Et où serait le mal je vous prie? Yous at-il déplu jamais que la Femme vraiment belle ait conscience de sa beauté ? La suprême fierté qu’elle en ressent est un tribut payé, par elle, au goût et à la justice. Il y avait bien des gens pour s’indigner que Victor Hugo eut quelque orgueil, sans se demander s’il n’avait pas raison ? Morbleu ! les droits de la Beauté sont bien égaux à ceux du Génie lui-même. La Beauté de la Femme c’est l’œuvre la plus parfaite du génie de Dieu, tout simplement.

J’ai même un regret pour cette jeune personne dont les joies me paraissent tout à fait justifiées. Aucun miroir ne reproduit, pour elle, les traits charmants de son visage, la grâce de son sourire, le joli dessin de son oreille, les contours exquis de sa bouche, le charme de son regard, l’exquisité de sa coiffure que je devine d’or clair sous le mensonge de blancheur du marbre. Elle a vraiment eu

tort, pour son propre plaisir, de se contenter d’un banc de sable, pour y tendre ses jolies mains, Tune allongée, celleci harmonieüsement recourbée, au lieu de choisir le bord d’une fontaine qui eut reflété, pour ses propres yeux, tous ces enchantements. Et, sans doute, des fleurs seraient montées de cette rive, jalouses et pour rapprocher leur reflet du sien.

Un poète, ou quelque faune, suivant le temps, ou encore quelque berger échappé d’une Yirgilienne bucolique serait venu tout doucement, à travers le feuillage obscur, glissant un regard indiscret et aurait bercé, sans se montrer à elle, comme le rossignol qu’on n’aperçoit guère sous la feuillée, sa rêverie de quelque chanson, celle-ci si vous voulez :

Dans les vergers éclatants Qu’un matin joj^eux colore,

Venez admirez la Flore Odorante du Printemps;

Pour qu’en ma chanson renaisse,

Dans ce décor enchanté.

L’éclat de votre Jeunesse,

L’éclat de votre Beauté.

— Dans les grands jardins qu’arrose Avril, de ses derniers pleurs,

J’ai vu les pêchers en fleurs Et j’ai cru voir vos couleurs :

Ils étaient en neige rose !

Le long des gazons frileux,

Vos seuls appâts pour toilette, Dans l’oeil de la violette Venez mirer vos yeux bleus,

Pour que la floraison frêle Qu'emportent les aquilons, S’effeuille, comme sur elle.

Dans l’or de vos cheveux blonds.

— Dans les grands jardins qu’arrose Avril, de ses premiers pleurs,

J’ai vu les pêchers en fleurs,

Et j’ai cru voir vos couleurs :

Ils étaient en neige rose !

GASCQ

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