FIN DE LA COMÉDIE IIUMAINF
MARQUET DE VASSELOT
MONUMENJ POUR LE CENIENAIRE DE BALZAC
N mie sérénité de sphinx égyptien veillant sur le
seuil auguste des pyramides, les yeux tournés vers l’im-
mense désert où le couchant roule des poussières de feu,
le mystérieux monstre qui a des mamelles humaines, des
griffes de lion et des ailes d’oiseau, impassible et sans sourire aux lèvres, porte une tête humaine, et, dans cette tête, a pensé un des plus grands cerveaux de l’Humanité.
Ce front large et léonin, cette chevelure rejetée en arrière comme une crinière, ces yeux profonds encore dans leur orbite de pierre, cette bouche despotique surmontant un menton Césarien, et ombragée d’une moustache à la Glauloise, c’est bien le portrait, le plus ressemblant qui ait été fait, dans sa puissance, d’ Honoré de Balzac, r Homère de la Comédie Humaine.
Sur le socle qui soutient l’immense félin à la queue repliée en arrière, deux bas reliefs d’un travail délicieusement délicat, d’une composition singulièrement érudite, d’un arrangement tout à fait ingénieux, font revivre tous les personnages de son œuvre immortel, ce monde qu’il avait observé d’un coup d’œil d’aigle et qu’il poétisa à la mesure de son génie, ouvrier d’un art justifiant cette belle définition de l’Art ; cc La Nature vue à travers un cerveau humain. »
Oui certes il y mit une rude empreinte personnelle, un secret d’ouvrier, profond à ces figures d’un relief si puissant d’une logique si étonnante qu’elles semblent parfois l’œuvre d’un mathématicien autant que d’un poète.
D’aucuns se sont étonnés qu’un sphinx figurât Balzac dans la pensée de l’artiste.
Et quoi donc de plus mystérieux, de plus en dehors de l’humanité ambiante, que le génie extraordinaire de cet homme qui fut Hésiode et Euclide, imaginatif comme un porteur de lyre et exact comme un manieur de logarithmes, qui ne se contenta pas, dans une oeuvre déjà gigantesque, de dépouiller ce monde, Parisiens et Provinciaux, de tous ses voiles hypocrites et de toutes ses pudeurs de convention, mais qui jeta vers l’Inconnu, vers l’invisible, sur le monde obscur dont nous sommes enveloppés, un regard surhumain, qui fût certainement, parmi nous, le promoteur du mouvement vers les sciences occultes qui caractérise la fin de ce siècle gouailleur et crédule, illogique et sceptique ?
Oui certes celui qui posa un tel problème devant la curiosité humaine toujours affolée d’infini, mérite de porter le vêtement étrange de granit dont le génie égyptien enveloppait les sentinelles du désert autour des tombeaux des Bois.
Kemarquez que ce monument à un but bien plus méritoire.
Immortaliser le souvenir d’un centenaire.
C’est-à-dire constater qu’au bout d'un siècle encore, le tour n’a pas été fait de cet immense génie qui garde, pour renvre, le secret de sa pensée et se contente de nous éblouir de son œuvre.
Balzac appartient à la grande famille de ceux qui font éternellement rêver.
Croyez- vous qu’il n’y ait pas autre chose dans Homère que le secret des luttes héroïques des premiers guerriers
En quoi nous intéressaient-elles aujourd’hui ?
Non î II y a tout un temps résumé dans l’œuvre d’un homme.
Ainsi est l’œuvre de Balzac.