LAVABO
RAREMENT lin artiste a poursuivi, avec une constance aussi convaincue, et le plus souvent avec un pareil bonheur de trouvailles, son rêve, ou plutôt
BAFFIER (Jean)
son idée, que ce grand artiste dont l’effort est suivi avec tant de sympathie, d’admiration et d’intérêt par tous ceux qui demandent, à l’art, autre chose, qu’une convention séculairement respectée.
Hors du chemin où le sculpteur, depuis plusieurs siècles déjà, renouvelle le souci constant de la tradition grecque, cherchant au nu des motifs que la vie contemporaine ne lui fournit plus. — Car les sculpteurs et les peintres aussi qui veulent moderniser ce thème admirable et, j’en conviens immortel, en sont réduits à nous montrer des femmes aux soins de leur toilette — par un retour à la Nature ambiante, qui n’a pas besoin de vêtements, celle-là, pour défendre sa pudeur, ou pour parer sa beauté, JeanBaffier tente d’en faire revivre les moindres merveilles dans son œuvre, empruntant aux fleurs, aux plantes, au paysage même où il met la vie, des idées décoratives où son invention se mesure à la réalité.
11 demeure bien, en cela, fidèle, à la définition de l’Art, telle que les maîtres l’ont donnée : la Nature vue à travers un cerveau humain.
La Nature : nul ne l’observe, plus que lui, avec tendresse, et tout ce que le sentiment des choses vues dans l’enfance impose d’émotion, cet homme, en pleine maturité, aujourd’hui le porte encore, au cœur, tout vibrant. Les
paysans du Berry, sou berceau, ceux-là même que George Sand a immortalisés dans ses livres, les vielleux, les cornemuseux, les beaux gars et les gentes cc drôlières » qui dansent aux assemblées, voilà les figures qu’il aime à retracer et qu’il ranime pour ainsi parler de son propre souffle.
Nous les retrouvons encore, dans cette pièce d’une invention si personnelle, d’une facture si originale dont l’image est ci-contre et qui force l’attention du public, aussi bien que Tadmiration de ceux qui en approfondissent un peu le bucolique détail. Les voilà bien, en leur pose sans embarras, en leurs rustiques occupations, en leurs idylliques plaisirs, ces enfants d’une terre qui garde tant de place au cœur de ses enfants.
Et l’élément animé qu’ils mettent dans cette composition si diverse, en dépit de l’unité de vue qui caractérise toujours Jean Baffier, n’est pas le seul. C’est une large feuille qui s’épanouit, glissante et lisse, au fond de ce meuble, à la fois rustique et luxueux, simple et raffiné. Ce sont des fleurs agrestes qui partout se prêtent, dans un souvenir agrandi de leurs formes, à toutes les utilités et vous avez reconnu la gueule de loup des jardins, dans ces deux jolis pendants qui accompagnent l’ensemble, à la muraille. Le caractère d’un tel morceau est d’être néces-
sairement unique et je ne comprendrais vraiment pas que les amateurs n’en sentissent pas le prix et l’honneur qu’il peut apporter à une collection. Il faudra bien cependant que le luxe de ceux qui achètent s’épure et en vienne à cet art nouveau auquel le Champ de Mars a donné un si grand développement, et dont Baffier fut certainement un des plus glorieux promoteurs.
La demeure contemporaine est au point de vue décoratif, tout à fait navrante. Se restreignant sans cesse, elle est absolument inhospitalière au tableau un peu développé et à la statue. Même grande et spacieuse, son architecture ne se prête pas davantage à ces manifestations spéciales de l’Art.
Alors, où cherchera- t-elle le sentiment d’art, la grandeur d’esprit et de goût sans lesquels un peuple est en pleine barbarie ?
Dans cet art nouveau qui poursuit l’ameublement dans ses moindres détails et lui impose un sceau artistique, une empreinte du temps et du cerveau humain, en une recherche d’harmonie dans les lignes et de beauté dans les proportions.
Tel ce lavabo curieux, amusant d’invention, puissant par le détail, où tant de recherches ingénieuses éveillent une pensée ou un souvenir.
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