‹ La sculpture aux Salons de 1896Chapitre 21 sur 36 · LE VOLUBILIS · texte numérisé non relu

LE VOLUBILIS

UE un banc agreste assise, ayant derrière elle un paysage ombreux, en une soKtude très douce, elle rêve et regarde le volubilis, la fleur craintive de la nuit, qui, dans sa main virginale, semble une coupe de rosée. A côté de ce joli poème de marbre je veux écrire un poème

aussi à la corolle tremblante que le soir ferme et que rouvre l’Aurore.

Au clair volubilis qui jusqu’à sa fenêtre,

Montait, s’ouvrant le jour et se fermant le soir. L’absent avait lègue' comme un peu de son être — Tel le parfum qui flotte autour d’un encensoir.

Car, pour Elle, il avait planté le tige frêle Au seuil sonore encor du souffle des aveux.

Pour que les papillons j posassent leur aile Avant de la venir poser dans ses cheveux.

Puis il était parti, sans que les doigts de l’Heure Eussent tressé l’Eté promis à ce Printemps,

Pâle moisson d’ Avril que le soleil effleure Pour en mûrir la sève et les espoirs flottants.

Alors, vierge de corps, veuve d'âme, et brisée.

Dès que l’Aube aux rideaux dessinait sa pâleur.

Elle posait sa lèvre — au bord de la croisée —

A celle, close encor par la Nuit, de la fleur.

Pur caprice d’enfant, pour la douce folie D’y boire une caresse ou d’y mettre un pardon.

— Or, la veille, avant l’heure où la fleur se replie. S’abattant sur son cœur odorant, un bourdon

Grisé par le parfum vivant de son calice.

Où la plante et la femme avaient mêlé le leur.

D’y mourir prisonnier rêvant le doux supplice.

Avait laissé sur lui se refermer la fleur.

Et, durant cette nuit que le temps fit trop brève, Les étoiles venant l’écouter tour à tour,

La pauvre délaissée entendit, dans un rêve. Chanter à sa fenêtre une chanson d’amour :

Une chanson d’amour douce, tendre et farouche, Qui du captif fidèle exhalait le tourment Et se tût seulement quand, au réveil, sa bouche Sur le volubilis se pencha doucement.

Quand, par le fin tissu des feuilles tamisée,

La rosée ayant fait ses élitres plus lourds. Soulevant sa prison de son aile grisée,

Lentement s’envola l’insecte de velours,

Et quand, sous le premier frisson de la lumière, Les rouvrirent au Jour les souffles apaisés.

Des lèvres de la fleur, la chanson prisonnière Monta tiède de pleurs et pleine de baisers !

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