‹ La sculpture aux Salons de 1896Chapitre 3 sur 36 · ECHO DES BOIS · texte numérisé non relu

ECHO DES BOIS

un tronc brisé dont une branche verte pend en-

core à terre, r Écho des bois s’est appuyée, les deux mains

soutenant, au-dessus de ses oreilles attentives, sa lourde et jumelle chevelure dont les ondes baignent ses jeunes épaules, et le torse légèrement infléchi en avant, son joli torse virginal aux contours savoureux, véritable fleur de jeunesse en son premier épanouissement : elle écoute la voix lointaine qui traverse les frondaisons profondes et glisse sur la surface des eaux, comme dit d’elle le bon Villon :

Echo chantant quand bruyct on mène

Sur la rivière ou sur l’étang

Qui beauté connut plus qu’humaine

Et il ajoute son joli refrain.

Mais où sont les neiges d’antan?

— Sur ton joli corps souple, ô charmante image, toutes rosées du sang clair de tes veines, où passaient peut-être déjà, les premiers frissons de l’amour!

Certes je ne sais ce que tu répondras aux choses qui te sont contées de si loin, mais je sais bien la chanson qui arrive jusqu’au rose coquillage que tu emprisonnes dans ta paume veloutée. La voici telle qu’un pâtre inconnu la murmure, pour Toi sans doute.

O nymphe, voici le Printemps.

— Aimons-nous bien au temps des roses — L’Azur dans les deux éclatants Eouvre ses portes longtemps écloses D’où la lumière, en flots vainqueurs.

Descend jusqu’au fond de nos cœurs. ;

Aimer ! chanter ! les douces choses !

Les taillis sont pleins de chansons.

— Aimons-nous bien au temps des roses —

Lt l’Aurore met des frissons Au cœur tremblant des fleurs écloses.

Sur nos fronts l’aile du matin Fait passer un souffle incertain.

— Aimer ! rêver I les douces choses !

Nos rêves sont vite lassés.

— Aimons-nous bien au temps des roses —

Les beaux jours sont bientôt passés :

Le cœur a ses métamorphoses .

Mais le temps ne saurait ternir La floraison du souvenir.

— Aimer ! souffrir ! les douces choses.

Oui, voilà ce que dit, au loin, pour toi, la chanson de l’amour.

Et la chanson de l’Amour a raison.

A quoi bon s’obstiner à surprendre dans l’air une rime perdue, comnie les poètes qui prennent leurs vers à la pippée ? Pourquoi demeurer fidèle à la tâche ancienne de

répéteuse des mots que d’autres ont prononcés! Crois-moi, ô belle image, que revêt le charme puissant de ta nudité, qu’enveloppe la grâce infinie de ta jeunesse, détache de tes tempes tes jolies mains, et tends tes bras de neige vivante à l’inconnu qui chante là-bas, qui t’apprendra le frisson divin des baisers, et cueillera, pour toi, la floraison céleste des caresses !

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