‹ La sculpture aux Salons de 1896Chapitre 4 sur 36 · POUR L’HONNEUR · texte numérisé non relu

POUR L’HONNEUR

Lorsque chassé des cieux de ta gloire meurtrie,

Les deux mains sur le front, j’en descends les degrés.

Je n’ai plus d’autres deuils que les tiens, ô Patrie,

Et mes 3^eux n’ont des pleurs que pour tes maux sacrés.

Tu fus Tastre vivant dont la chaleur féconde,

L’œil du ciel grand ouvert sur les conseils humains ;

Un soleil emplissait ta paupière profonde.

Et mesurait, aux jours, l’espoir des lendemains.

Tu fus r arbre grandi sous l’Aurore première,

Le vieux cep où mûrit l’antique liberté ;

Et tu fls de tes seins tendus vers la lumière,

La coupe immense où vint boire l’humanité.

Tu fus le sang vermeil qui roule, sous la terre. L’héroïque ferment des saintes passions.

Et, soulevant les monts, ouvre, comme un cratère,

La formidable fleur des révolutions !

Tu jetas le trésor des charnelles semailles Aux siècles épuisés qu’il fallait rajeunir.

Comme l’oiseau qui donne, à son nid, ses entrailles.

De ton flanc déchiré tu nourris l’avenir.

Tes fils furent l’homme de l’humaine lignée,

Où, des Titans vaincus la fierté se défend.

Les bûcherons vaillants dont la sainte cognée Fit jaillir l’Idéal sous le fer triomphant.

Astre d’or, coupe d’or, France, mère des Justes,

Des braves et des forts tombés dans ton linceul,

JSTous venons tous trop tard, puisqu’à tes mains augustes Nos lèvres n’ont porté qu’un baiser lent et seul.

Puisqu’il faut jusqu’au bout vaincre notre superbe, Déprimer dans nos cœurs, les espoirs superflus.

Et fouler, sous nos pieds, avec la terre et l’herbe. L’impérissable orgueil des grands jours révolus.

Ne porte plus, aux mers, Seine, reine des fleuves,

Le spectre évanoui des triomphes lointains,

Mais vers le Simoïs, rejoins les pleurs des veuves. Andromaque et la France ont le même destin !

Ainsi le poète se lamentait, après l’heure des défaites, devant la Patrie humiliée. Et cependant la France allait renaître, plus haute et plus honorée, plus triomphante, devant le monde, de cette terrible épreuve où il semblait que ses destinées augustes étaient achevées à jamais. Il a suffi, pour cela, que le désespoir n’eût pas assailli les âmes, que le sentiment des revanches à venir soit resté dans nos cœurs et que quelques héros aient bien voulu combattre et mourir, comme nous montre cette belle image : cc Pour l’Honneur ! y>

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