‹ La sculpture aux Salons de 1896Chapitre 5 sur 36 · ÉTOILE FILANTE · texte numérisé non relu

ÉTOILE FILANTE

Tlle-ci sa fui le chœur des étoiles prisonnières clans l’azur inflexible ducieleb, a di'nn e légère au front, s’en-

vole, ivre de liberté, effleurant l’Humanité qui sommeille, cependant que ses sœurs captives chantent dans l’infini.

Que l’éternité dure à notre lent chemin !

Et que l'infini pèse à nos fronts de lumière :

De nos superbes chars la course prisonnière N’attend aucun essor nouveau de notre main.

Un gouffre s’ouvre, en vain, sous la céleste voûte,

Et notre âpre désir par l’abîme est tenté :

Tenant nos pas captifs dans cette immensité.

E^ne loi nous a fait une inflexible route.

Du bout de l’horizon, par des sentiers pareils,

Nous montons au zénith dont il faut redescendre,

Et, sur les mêmes seuils, nous revenons attendre Le retour monotone et certain des soleils.

Sur une route en feu, sous d’inflexibles chaînes,

Pâles sœurs d’Ixion, nous tournons sans merci,

Sans voir jamais rougir, dans le ciel éclairci,

D’un temps libérateur les aurores prochaines.

Toujours le même azur indifférent et sourd Et qui, d’un ry thme égal, dans ses voiles balance Le vide sous nos yeux, sous nos voix le silence,

Et, du poids de l’oubli fait notre ennui plus lourd î

On chante cependant les astres tutélaires ;

Et les mondes lointains, épris de nos clartés,

Sous le mensonge fier de nos sérénités,

N’ont jamais pressenti nos vivaces colères.

D’un ironique éclat le destin nous poursuit.

Car, sous le faix maudit d’une gloire inconnue,

Durant l’éternité nous saignons dans la nue,

Et, pleine de rayons, nous vivons dans la nuit.

Ainsi se lamentent les glorieuses étoiles attachées à la course rythmique des constellations dans l’espace nocturne, contemporaines du temps et de la lumière qui n’ont plus pour elle, ni caprice, ni renouveau. Qu’importe l’admiration des pasteurs de Chaldée et les calculs savants des astronomes qui les poursuivent du regard puissant de leurs lunettes ! Leur destin n’en est pas moins monotone et royalement mélancolique.

Et c’est pourquoi, fille de la Bohême céleste, oiseau fantaisiste aux ailes d’or, l’étoile filante a quitté le chœur tranquille des autres astres et, au risque de se heurter à quelque chose qui la brise, fuit à travers les airs, des rayons dans sa chevelure et un sourire à ses lèvres !

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