LE RETOUR
U AND, du Paradis chassé par le Maître impitoyable,
Adam, sur le seuil du jardin enchanté dont il n’emportait
que le rêve, dit à Dieu, l’orgueil qui lui restait dans l’âme de savoir maintenant aimer, en ces vers, si vous voulez ;
De tes vaines rigueurs la tendresse nous venge Et le baiser vaut mieux; que ton morne séjour ;
Allume, triste Dieu, le glaive de l’Archange Garde ton Paradis, nous emportons l’amour!
Il enferma dans cette seule pensée, toute la douceur secrète des humaines destinées que déplorent seulement ceux dont aucun amour fervent ii’a consolé le^ détresses. Il n’est de maux si cruels, que ne compense la douceur de se donner tout entier à un être qu’on aime et de douleurs dont un baiser ne contienne l’immortelle rédemption et le rapide oubli.
Voyez plutôt ces deux amants que la vie a un instant séparés, qui ont connu la douleur mutuelle de l’absence et de l’exil et qu’une pitié du Sort rapproche enfin après les lentes attentes, après les heures sans fin de la solitude. Je ne sais rien de plus cruel que ces déchirements du cœur où notre chair aussi est déchirée et meurtrie dans ce qu’elle a de plus subtil et de plus douloureux. Que de larmes ont coulé, sans doute, sur ces joues pleines de jeunesse, comme s’épanche la rosée sur les roses ! Que de sanglots ont gonflé ces poitrines où le désir respire, où mûrissait la moisson des tendresses infinies et mortelles hélas ! Qui
dira de quelles angoisses ces mains se sont tordues dans le vide, de quels baisers inutiles encore ces bouches ont fatigué Pair indifférent !
Mais voici que le supplice a cessé, que le martyre a dit son dernier, mot et jeté sa dernière plainte.
Maintenant, dans les bras l’un de l’autre, en une étreinte où se confondent leurs âmes, ils se tiennent embrassés buvant leurs souffles à la même coupe de leurs lèvres unies, savourant la tiédeur mutuelle de leur corps sans vêtements, enlacés comme les ormeaux sous la caresse des vignes folles, chairs ne faisant plus qu’une chair, couple ne faisant plus qu’un être, ivres de la même volupté, oublieux des mêmes tourments.
Et, en cet instant divin qui les rend l’un à l’autre, plus de joie contient qu’il n’avait tenu de souffrance dans les années peut-être où ils s’étaient cherchés sans se rejoindre, où l’amertume des destins les avait désunis, quand l’un et l’autre disait avec le bon poète Théophile Gautier :
La colombe exilée Pleure et songe à l’absent.
Mon âme pleure et sent Qu’elle est dépareillée.
Rarement en un groupe d’une intensité de sentiment aussi grande, fut montrée cette délicieuse image du bon-
heur que seul donne ici -bas l’amour. Le bon sculpteur Jean Baffier nous avait aussi montré autrefois, un jeune homme et une jeune femme, — tels ceux-ci — également enlacés et la bouche sur la bouche . Très ingénieusement il avait appelé cette jolie composition : Le Paradis sur terre.
Oui, le seul ce Paradis sur terre », c’est l’Amour qui nous le peut donner, avec ses saintes désespérances et ses sublimes joies, l’Amour qui porte son flambeau plus haut que le glaive flamboyant dont nous fut fermé le jardin des antiques délices, quand l’homme ignorait la douleur, mais ignorait aussi la volupté immense des joies qu’on achète en souffrant !
MORLON