‹ La sculpture aux salons de 1897Chapitre 10 sur 20 · SPLEEN · texte numérisé non relu

SPLEEN

Toi dont la main s’étend sur d’inutiles fleurs,

Dont s’incline le front sous l’amère pensée,

O Femme, as- tu donc lu, dans mon âme blessée,

Ces vers, ces tristes vers, qu’y gravèrent mes pleurs ?

— « Le poids des souvenirs a fléchi mes épaules, Détourné mes regards de l’image des cieux,

Et, penché sur le temps comme l’eau sur les saules , Je regarde passer mes jours silencieux.

cc Là fut une douleur et là fut une joie.

Un cours égal les traîne à l’abîme béant,

Et ce m’est un bonheur qu’encor je les revoie Avant que de les suivre à l’éternel néant.

« De loin toutes les deux sont égales en charmes,

Et moins lourd sur mon front passe le vol du Jour, A voir couler des fleurs sur un ruisseau le larmes Et la Mort engloutir ce qui vient de l’amour .

«Je parcours les chemins autrefois parcourus :

Le sol en est poudreux, les bruyères séchées.

— Pareils à des torrents par la tempête accrus,

Ils n’offrent à mes yeux, que des fleurs arrachées.

«Je les suis au courant des souvenirs lointains Qui s’épanchent du ciel comme des avalanches ;

Mes regards, plus hardis que mes pas incertains, Poursuivent, dans l’azur, un vol de formes blanches.

« Ces chères visions m’appellent en passant ;

Pas une de si loin, qui ne me reconnaisse !

Et quand elles ont fui, je vois fumer mon sang Dans l’air dont les parfums enivraient ma jeunesse ! »

Page 1