LÉDA
Calme dans la beauté sereine de son corps Où la froide clarté de son âme se mire,
Léda rêve au penchant des coteaux ; elle admire Son être harmonieux fait de grâce et d’accords.
Ignorant la douleur et rebelle au remords,
Les poètes pour elle, ayant brisé leur lyre, Distraite, elle sourit au tranquille délire Du beau cygne inconnu dans le pays des morts.
Idole au cœur de marbre et désespoir des justes, Léda, l’humanité meurt à tes pieds augustes, Ayant bu le poison mortel de tes baisers.
Les dieux même, jaloux de nos saintes tortures, Sont venus dans tes bras chercher des sépultures A leurs désirs vaincus mais jamais apaisés.
O Léda dont la main caresse L’aile du beau cygne éperdu Dont le cou, vers ton flanc tendu, De son frêle duvet le presse,
Du Temps immortelle maîtresse, Blanc spectre à nos baisers rendu, De l’Olympe à jamais perdu Dernière image charmeresse ;
O Léda, fille au front charmant, Sur les bords du grand lac dormant Qui mire tes blancheurs insignes,
O fantôme délicieux,
Pour t’aller conquérir aux deux,
Je suivrais le vol blanc des cygnes.