‹ La sculpture aux salons de 1897Chapitre 12 sur 20 · LES VIERGES FOLLES · texte numérisé non relu

LES VIERGES FOLLES

Aux portes d’or du Paradis Délicieusement nues,

Les vierges folles sont venues Tenter les beaux seuils interdits.

Sous leurs chevelures, aux flots Des longs baisers tièdes encore,

Elles frappent à l’huis sonore Qui résiste et demeure clos.

Et, sous leur beauté qui déroule Le mystère de ses accords,

Les vierges folles de leurs corps Gémissent, lamentable foule.

C’est que loin du chaste chemin Où le ciel descend dans la source, Elles ont suspendu leur course,

Des fleurs fragiles à la main,

Et, fuyant les vertus moroses Qui font les saints et les élus,

Adoré ces biens superflus Qui sont le plaisir et les roses.

— Puisque l’Ange, gardien du seuil, Est sourd à vos voix désolées,

Plutôt que revenir voilées,

Femmes, de longs habits de deuil,

Dédaignant le bonheur austère D’un impitoyable séjour, Rendez-nous la joie et l’Amour Et quittez le ciel pour la terre !

Des Nuits de Printemps messagère, Etoile qui, sans chemin sûr,

Par les champs fleuris de l’azur, Promènes ta course légère,

Tout en savourant les douceurs De suivre une route inconnue Ecoute, en traversant la nue, Pleurer les étoiles, tes sœurs.

c< Hélas ! nous sommes prisonnières Dans l’immensité du ciel bleu.

Qui donc brisera les ornières Ouvertes sous nos chars de feu ?

ce Chaque heure à la nocturne voûte Nous donne un rendez-vous certain ; Nos pas sont rivés à la route Que, pour eux, traça le destin.

cc Au bout du rayon qui nous troue, Le Temps nous roule obstinément, Filles d’Axion, sur la roue Inflexible du firmament.

« Nous sommes les vierges plaintives Dont l’orgueil sublime est puni ;

Car c’est être deux fois captives Que de l’être dans l’Infini.

cc Des Nuits de Printemps messagère, Etoile filante au feu pur,

Par les champs fleuris de l’azur, Promènes ta course légère ! »

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