‹ La sculpture aux salons de 1897Chapitre 18 sur 20 · MONUMENT DE M. JOIGNE AUX · texte numérisé non relu

MONUMENT DE M. JOIGNE AUX

Suivant le contour de la stèle Des contours de son corps mouvant, Un Génie, au mort revivant, Apporte la palme immortelle.

Et près du socle, un bel enfant,

Ailé comme l’est la Victoire,

D’un nouvel élu dans la gloire Retrace le nom triomphant.

Celui dont la tranquille image Sourit même après le trépas N’a pas, dans l’horreur des combats, Mérité ce viril hommage.

Et, ni poète, ni guerrier,

Ignorant la lyre et le glaive, Cependant, sur son front s’élève L’or d’un pacifique laurier.

Ce n’est pas des tronçons d’épées ,

Ni les plis flottants du drapeau,

Qui conviennent à son tombeau, Mais l’orgueil des gerbes coupées.

Exempt d’héroïques exploits Et de tout prestige lyrique,

Il fut , servant la République ,

Un fidèle gardien des lois.

C’est pourquoi, nul ne se récrie, Devant son utile passé,

De ce que son nom soie tracé Au livre d’or de la Patrie.

Tout revit éternellement.

Mais, du fabuliste charmant La grâce exquise où donc est-elle ?

cc Le chêne, nn jour, dit au roseau... »

— Non! l’Homme, un jour,. dit à la Femme : Ta faiblesse fait, de mon âme,

L’étonnement toujours nouveau.

Cependant que mon bras robuste Fait ployer jusqu’au dur airain Et que mon esprit souverain Mesure le Juste et l’injuste,

Tu n’as pour défense ici-bas Que ton charme et ta fantaisie,

Mal faite, ô fleur de poésie,

Pour subir les rudes combats.

Ma force seule te protège Et guide tes pas chancelants,

Et garde, des soleils brûlants,

La candeur de ton corps de neige. .

A la fleur qu’un rien peut flétrir Sous mon ombre, tu croîs pareille,

Inquiète et n’osant ouvrir Ta corolle frêle et vermeille. , .

De quel beau sourire moqueur Lui répondit la femme blonde !

— Elle est la maîtresse du monde, L’amour lui livrant notre cœur :

Et, du triomphe de sa grâce,

A ses pieds nous humiliant,

La Femme est le roseau pliant :

Nous sommes le chêne qui casse !

Mais le cœur blanc du chrysanthème.

Car, plus serrés et plus nombreux Ses pétales, faisceau de glaives,

Diront mieux l’infini des rêves Où se perd mon cœur amoureux.

cc Un peu î ». — « beaucoup! » mots sans pensée, Et même : « Passionnément ! »

Un mot qui ne dit rien vraiment Du mal dont mon âme est blessée.

C’est par mille et mille douleurs Que mon être se multiplie Et, languissant, vers toi se plie Comme le chrysanthème en fleurs.

La marguerite plus ne dure

Quand l’Automne, de ses doigts lourds,

Des mousses jaunit le velours Et disperse au vent la verdure.

Même après l’adieu du soleil,

Seul, dans les jardins qu’il décore,

Le chrysanthème s’ouvre encore A mon cœur fidèle pareil.

Pour savoir à quel point je t’aime, Effeuille, en rêvant, mon trésor,

Non la marguerite au cœur d’or,

Mais le cœur blanc du chrysanthème.

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