BACCHANTE A LA CHEVRE
Le sang des grappes sur la lèvre.
L’or du soleil sur les cheveux, Livrant son corps souple et nerveux Aux jeux bondissants de la chèvre,
Du front de ranimai cornu,
La Bacchante à terre jetée,
Arquant son échine domptée, Développe son beau flanc nu.
En contemplant ces formes blanches Aux contours fermes et confus,
Derrière les hêtres touffus Pan sourit à travers les branches.
Car nous sommes aux temps lointains Chers à mon rêve solitaire,
Où venaient passer sur la terre Des dieux charmants et clandestins ;
Où les nymphes à leurs épaules Portant des carquois et des fleurs, Venaient danser, sous l’aube en pleurs, Et sous l’ombrage frais des saules ;
Où le souffle lent des plaisirs Mêlait, dans l’haleine des roses,
A l’âme immortelle des choses,
L’âme immortelle des désirs.
An temps où j’aurais voulu vivre, Parmi des êtres forts et beaux, Les étoiles pour seuls flambeaux Et la nature pour seul livre.
Sous Te soleil incandescent,
Étend ses espaces torrides.
Dans l’immobile immensité,
Rien ne tressaille, rien ne bouge.
A l’horizon, le soleil rouge,
Met une sanglante clarté.
L’air chaud de sa brûlante haleine, Verse du feu dans les poumons Et la crête ardente des monts Répand des flammes dans la plaine.
Malheur au triste pèlerin Qui, dans le sable sans fontaine, Marche vers une mort certaine Sous cet immense ciel d’airain.
Malheur encor plus à la mère Qui, souffrant deux fois dans sa chair, Avec l’enfant plaintif et cher,
Marche sur cette route amère.
Telle Agar, l’amante au grand cœur Du patriarche au cœur de pierre,
Qui, des pleurs brûlant sa paupière, Erre sous le soleil vainqueur.
Et j- sentant la Mort approcher, Frissonnant en son cœur farouche, Maudit un Dieu cruel et couche Ismaël au creux d’un rocher.