‹ La sculpture égyptienneChapitre 10 sur 46 · CHOIX DES MATERIAUX · texte numérisé non relu

CHOIX DES MATERIAUX

poëte OU rartiste. Macaulay a dit avec raison qu'Homère, réduit au langage d'une tribu sauvage, n'aurait pu se manifester à nous et que Phidias n'aurait pas fait sa Minerve avec un tronc d'arbre et une arête de poisson. Aucun art, même le plus intellectuel, ne peut s'af&anchir de ces données, que lui fournit la matière. »

Ce sont ces procédés que nous allons expliquer aussi succinctement que possible, mais toutefois en entrant dans

Egyptiens taillant kt nivelant un bloc de pierre dure.

des détails donc l'aridité aura pour excuse l'exactitude nécessaire à nos recherches. Tout le monde a présent à l'esprit ce caractère de vie immobile, de mouvement figé, propre aux statues égyptiennes, figures massives et roides dont les jambes sont rapprochées l'une de l'autre et les bras collés au corps. Eh bien, nous croyons pouvoir affirnier que" ces productions abrégées, concises jusqu'à la sécheresse, doivent ce caractère aux difficultés qu'ont éprouvées les Egyptiens à toutes les époques pour vaincre les maté-

riaux que les différentes raisons indiquées plus haut leur avaient imposés. L'art monumental n'aurait pas ce caracr tère de raideur et de solidité si, dès Torigine, le bronze seul eût été mis à contribution.

Les égyptologues, se basant sur la quantité des monuments en pierre dure et la promptitude des opérations sculpturales égyptiennes, ont supposé des procédés particuliers et inconnus. Nous ne pensons pas que les moyens employés par les Égyptiens aient été différents des nôtres. En principe, c'est surtout par le martelage ou le frappage à plat que l'on taille le plus facilement le granit. On se sert d'abord d'un gros outil nommé pointe, que Ton fait entrer dans la matière, afin de la faire éclater à l'aide d'une masse. Cette pointe, outil des plus simples, est celle qui nous semble avoir le plus souvent et le plus longtemps servi aux Égyptiens, non-seulement à tailler et dégrossir les blocs, mais aussi à détailler la coifFure et à creuser des hiéroglyphes. Naturellement cet outil ne peut tracer des sillons nets et droits, comme le ferait le ciseau, et nous retrouvons bien le caractère propre du travail qu'il produit dans ces lignes éclatées et irrégulières que nous constatons sur la plus grande partie des monuments du Louvre. Son effet le plus grossier se remarque distinctement dans des parties non terminées, non polies, par exemple sur une portion de la colonne en granit (G. 134) au Louvre.

L'outil qui vient ensuite, dans la série de ceux qu'on

(Peinlan de l'AbuK de Th£bc«. )

emploie aujourd'hui, est la boucharde, sorte de marteau dont la tête est formée d'un assemblage de pointes disposées symétriquement. La boucharde, pour nous servir d'un terme technique, dresse assez bien le travail, et nous ne pouvons donner de meilleur exemple de ses effets que les bordures de nos trottoirs. Mais, outre que la boucharde est d'une fabrication compliquée, nous ne la voyons figurée sur aucun monument égyptien parmi les représentations analogues. Aussi doutons-nous fort qu'elle ait été connue jadis en Egypte. Il n'en devait pas être de même de la marteline, sorte de hache à deux tranchants. On s'en sert toujours* comme d'un marteau en frappant à plat ; la matière éclate en morceaux plus ou moins petits, suivant la grandeur et le poids de l'outil et la volonté du travailleur ; on peut ainsi arriver à préciser la forme assez vite et assez loin pour ne pas avoir besoin de ciseau. L'usage en a dû être fréquent en Egypte, quoique sa forme ait pu varier ; la plus grande partie des monuments sont finis à l'aide de ce seul instrument.

Le ciseau vient en dernier lieu. Il sert surtout à obtenir ces arêtes vives et droites qui sont si rares dans les monuments égyptiens. L'emploi en est du reste assez lent, et demande, si l'on veut réellement couper la matière et non la faire éclater, que l'instrument soit réaffûté et retrempé continuellement. Nous n'avons pas malheureusement au Louvre de monuments en pierre dure de l'ancien empire ;

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