LE COLOSSE DE SÉTI IL
tous^ les monuments qui devaient traverser Téternité. Tous les obélisques^ les sanctuaires, les colosses qui accompagnaient les obélisques, parfois aussi les plus précieuses stèles .historiques, retraçant les mérites du roi ou ses prières aux divinités, étaient taillés dans le granit. Par exception, nous trouvons quelquefois le basalte, et au musée du Louvre nous voyons le colosse de Séti II en grès rouge, matière extrêmement tendre.
C'est peut-être Tunique figure monumentale d'un roi que Ton ait reproduite ainsi; aussi nous offre-t-elle des particularités dont nous parlerons plus loin.
Dans les parties de TEgypte où Ton ne trouve que des carrières de calcaire et où il y aurait eu de grandes difficultés à surmonter pour amener des matériaux plus beaux et plus durables, les Egyptiens se sont contentés de cette dernière matière ; on en trouve de nombreux exemples à Philœ et dans la basse Egypte j mais souvent, et les pyramides en sont un témoignage, le monument a été complètement recouvert ou plaqué en quelque sorte de blocs de granit. Trop rares étaient le basalte, le jaspe, la diorite et la serpentine, pour qu'on les employât communément ; on ne s'en servait généralement que pour les objets de petite dimension.
Les matériaux les plus ordinaires étaient les terres non cuites. En général toutes les maisons, les murailles qui entouraient les villes et les monuments, étaient construites
avec ces briques. Enfin on constate également Feipploi fréquent du calcaire pour les stèles^ les bas-reliefs et les statues^ dans les circonstances qui imposaient l'économie qu'offrent ces matières par leur peu de difficulté au travail. Le grès même fut mis en usage à compter du moyen empire, étant probablement recouvert de stuc sur lequel on gravait les inscriptions et les représentations figurées.
C'est le caractère de la jeunesse d'un peuple^ comme de celle d'un individu^ de ne douter de rien, de tout entreprendre et de réussir en partie par la force même de la volonté. Voilà ce qui explique comment les Egyptiens s'attaquèrent de très-bonne heure à des matières aussi dures et aussi rebelles au travail que le granit^ le basalte, la diorite, mais Ton a cru à tort qu'ils en furent vainqueiurs ; ce sont principalement ces matériaux qui imposèrent à leurs œuvres une tournure si grandiose, en les forçant à rester dans le caractère architectural, à ne pas sortir de la verticale et dé l'horizontale, en leur imprimant cette raideur solennelle, cette simplicité de lignes, cette sobriété de détails qui en font des modèles de grandeur de style et de compréhension sculpturale.
On ne peut nier l'immense influence des procédés et des matériaux sur l'art. « On doit tenir compte dans tout art, a dit justement M. Caro, d'un certain nombre de données premières absolument indispensables ; c'est un minimiun de conditions dont le génie même ne dispense pas le