SIMPLIFICATION FORCEE
quelques résultats par ce moyen, on comprendra que s'il est possible de tremper ainsi quelques petites colonnes, cela eût été impraticable pour amollir le granit des colosses
égyptiens, avant comme après l'extraction de la carrière.
La vérité, c'est que les Égyptiens, en s'attaquant aux
madères lés plus dures, ainsi que les y poussait leur désir
de faire solide, durable, éternel, n^eurent à leur disposition que des procédés peu perfectionnés, des instruments simples et peu nombreux, et qui, à l'exception du ciseau, étaient tous destinés à frapper et à marteler. Aux arguments que nous avons déjà développés, nous ne pouvons ajouter de preuves plus convaincantes que les monuments, que les statues elles-mêmes. Partout nous voyons les artistes égyptiens éviter, avec un soin constant, les évidements et les amincissements. Etait-ce seulement afin d'assurer à leurs œuvres une durée plus longue? Non pas : c'était aussi parce que, avec les procédés imparfaits et violents auxquels se restreignaient leurs ressources, en évidant telle partie, en amincissant telle autre, ils se fussent exposés à briser eux-mêmes leur ouvrage. De là un type de statues et un style général commandés par les matériaux.
Tout d'abord, la tête offrait par son emmanchement avec le corps un des principaux dangers : le cou, plus faible que les autres parties, risquait de ne pas résister aux chocs du martelage de la tête. Aussi les sculpteurs eurent-ils le soin, toutes les fois qu'ils le purent, de coiffer leurs figures du claf ou bonnet dont les barbes tombent sur la poitrine. Dans les cas où la tête est nue, les cheveux forment toujours une forte masse, qui consolide le cou, en lui donnant un soutien jusqu'aux épaules. Quelquefois, quand cette masse de cheveux a été terminée trop finement à sa rencontre avec les épaules, les statues n'ont pas résisté au
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choc, ce dont nous avons un exemple dans la figure (A. 88) au Louvre. Plus les matériaux sont durs au travail, plus peut-être ils sont fragiles. Dans les statues d'hommes, les
Egyptiens ont exagéré d'une façon particulière la barbiche, qu'ils faisaient descendre toute droite et carrément jusqu'au thorax, de manière à servir de tenon. En même temps pourtant ils la modifiaient dans sa forme, en supprimant la difficulté qu'aurait causée l'extrémité qui, comme on le voit dans les bas-reliefs et les papyrus, se redresse en finesse et est dégagée du cou ; ils ont aussi éliminé le travail qu'aurait nécessité le cordon qui servait à attacher la barbe.
La coiffure, quelquefois très-haute et très-mince d'épaisseur, comme celle en forme de disque, et qui aurait été très-délicate au travail, est toujours soutenue par derrière sur presque toute sa largeur. Toute la figure elle-même est engagée postérieurement dans un pilier plus ou moins épais, destiné à lui donner de la solidité et à diminuer la quantité de matière à enlever. La présence de ce pilier et la raideur architecturale des figures debout, les bras le long du corps, une jambe en avant, pose adoptée le plus souvent pour les cariatides (comme celle du Pandrosium à Athènes), pourraient faire croire que la première idée de ces figures vient de statues adossées à la porte d'un temple, comme on en trouve tant d'exemples.
Ce serait là une erreur, et il suffit pour s'en convaincre d'examiner attentivement les figures et surtout leurs piliers