‹ La sculpture égyptienneChapitre 17 sur 46 · PILIERS DES STATUES · texte numérisé non relu

PILIERS DES STATUES

de renfort. Si, en effet, ce« piliers avaient dû être adossés à un monument quelconque, il est clair que leurs faces postérieures eussent dû être brutes ou au moins dénuées d'ornements. Or, tout au contraire, on constate que très-souvent une inscription est gravée sur toute la surface postérieure de ce contre-fort, autour duquel par conséquent on devait pouvoir circuler. Nous en avons un exemple curieux au Louvre, dans la statue de Séti II (A. 24), déjà citée par

nous. Le colosse est de grès rouge, substance très-tendre, la figure très-allongée, surtout par un long sceptre et une tiare très-haute; aussi le tout est-il consolidé par un pilier qui porte une inscription à la partie postérieure, et qui, par sa hauteur et sa forme, a tout à fait le caractère d'un obélisque adossé à la statue. Cette forme particulière est-elle due au désir d'offrir une forme simple pour le travail, heureuse de ligne, livrant un champ vaste aux inscriptions? Ou bien Tauteur de la statue a-t-il seulement eu Tidée de donner au pilier un aspect intéressant? Nous l'ignorons, mais nous penchons pour la première hypothèse.

Cette particularité du sceptre, dans la figure de Séti II, est très-importante, et, certainement, cet ornement ne fut ajouté à la sculpture que parce que la matière très- tendre permit de le faire. De telles complications et de telles difficultés de travail sont soigneusement évitées dans les monuments en pierres dures, et quoique le sceptre fût peutêtre l'attribut égyptien le plus important, les artistes se sont

contentés, pour éluder la difficulté et gagner du temps, de mettre, si la figure était assise, les mains sur les genoux, et si elle était debout, de laisser tomber les bras le long du corps. Quelquefois ils lui font pourtant tenir le lotus à la main, mais, pour plus de facilité, le bras se replie sur la poitrine et cette fleur se découpe sur la masse du corps sans être dégagée.

• Pour l'extraction des blocs de granit de la carrière, MM. de Longpérier et Wilkinson ont supposé que les Égyptiens faisaient des entailles autour des blocs à extraire, dans lesquelles ils introduisaient du bois sec, qu'ils mouillaient ensuite. Le bois en se dilatant faisait ainsi fendre la pierre. Il n'y a pas très-longtemps que ce procédé n'est plus en usage en Europe. Les Egyptiens ont dû aussi faire des sillons autour du bloc, avec de grosses pinces de fer à pointes, qu'un ouvrier tenait en la faisant tourner tandis qu'un autre frappait dessus avec une grosse masse. Quand les sillons étaient faits à une certaine profondeur, ils faisaient éclater la pierre dans toute sa longueur en la frappant tous ensemble.

Nous nous trouvons en ceci complètement d'accord avec M, Wilkinson qui a remarqué que , les entailles n'ayant en général que trois ou quatre centimètres de profondeur, un coin ne pourrait y être solidement fixé. Il a remarqué, en outre, que ces entailles étaient très-rapprochées, ce qui fait croire aussi à ce savant qu'un nombre

considérable d'ouvriers frappaient à la fois sur le bloc qu'il s'agissait de détacher.

Maintenant il est certain que, comme pour toutes les carrières, celles d'Egypte contenant une certaine paitie d'humidité naturelle, les blocs étaient plus tendres. Le marbre travaillé à Carrare est dans ce cas. Les marbres de couleur perdent à peu près la moitié de leur dureté. L'observation faite que l'on a souvent retravaillé les obélisques à des époques éloignées de leur facture ne prouve pas, quoi qu'en dise M. Wilkinson, que l'on n'ait pas eu plus de peine que dans le principe. Enfin nous pensons que les granits d'Egypte sont plus tendres que ceux du Nord, auxquels souvent on les compare. En ce qui concerne la durée du travail, les Egyptiens ont pu tailler les hiéroglyphes, même pendant le transport, et pour ce transport même, une bonne division du travail, avec les moyens et les quantités d'hommes dont ils disposaient, a du leur faire gagner beaucoup de temps . C'est ainsi , quant à nous , que nous expliquons naturellement la fameuse inscription relative aux obélisques de la reine Hatasou, lesquels auraient été élevés à Karnack dans le court espace de temps de sept mois. L'extraordinaire rapidité de travail que suppose cette inscription a donné lieu aux suppositions les plus diverses. C'est surtout sur ce fait surprenant que l'on s'est appuyé pour prêter aux sculpteurs égyptiens des procédés particuliers, des outils perfectionnés, des moyens aujourd'hui per-

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