‹ La sculpture égyptienneChapitre 21 sur 46 · I. Elles furent découvertes aux Pyramides · texte numérisé non relu

I. Elles furent découvertes aux Pyramides

ravages du temps ; celles qui restent, en supposant qu^elIes soient la meilleure expression de Tart de cette dynastie, montreraient que cet art, même pour la pierre tendre dans laquelle ces figures sont taillées, cherche encore sa voie, et que les instruments sont insuffisants ; en effet, si les sculpteurs de cette époque avaient connu le pîolon, instrument bien simple », ils eussent très-facilement détaché les bras de la taille, ce qu'ils n'ont eu garde de faire. Cependant ces figures sont déjà dégagées de tous côtés et n'ont pas à la partie postérieure ce pilier dont nous avons parlé, et qui était inutile à des statues qui n'étaient pas destinées à traverser les siècles. Cette particularité seule suffirait pour montrer quelle liberté pratique existait déjà ; d'ailleurs il se peut aussi que le groupe du Louvre n'ait été que la reproduction d'un praticien timide, supposition qui se trouve confirmée par cette circonstance, ^que la figure de l'homme est répétée deux fois et que cette figure montre, dans de certains points, un progrès sur sa voisine. Le contour du genou, principalement dans la jambe qui avance, est bien mieux dessiné ; l'on voit facilement, en examinant ces figures, conune celles d'époques postérieures, que les Égyptiens ne connaissaient pas la râpe, espèce de lime à pierre tendre, et qu'ils se contentaient, après l'ébauche au ciseau, probablement en bronze, de frotter les surfaces avec

I. Le violon est un instrument forant et tournant comme le vilebrequin, et qu'on fait mouvoir au moyen d*un archet.

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une pierre pour les terminer. On ne remarque nulle part les incisions un peu sèches que donnent la râpe et la lime ; et les fonds taillés en bout par le ciseau n'ont pas pu être régularisés, faute de ces instruments, la pierre ne pouvant y manœuvrer. Cela est très-visible, surtout au Louvre, dans les creux séparant les deux genoux de la figure A, 44, faite sous l'ancien Empire, et il nous a semblé voir des traces de gradine, ou ciseau rayé, dans la figure A, io5. Celui-ci ne serait probablement qu'un ciseau en forme de pied de biche, comme on en a tant trouvé * .

Sous la IV* dynastie, la découverte faite par M. Mariette de la statue de Chéphren (la seule statue en pierre dure qui soit arrivée intacte jusqu'à nous) nous permet de juger la statuaire monumentale de l'ancien Empire. La facture de cette figure nous prouve que l'art a déjà fait un immense progrès sur celles des Sépa, et nous fait constater que nous ne sommes plus, cette fois, en face d'une reproduction timide. « Elle nous montre, dit M. Mariette 2, que les Egyptiens n'avaient plus de progrès à faire. » Ceci est peut-être un peu absolu, car la raideur primitive s'y fait encore sentir. Dans cette figure, cette raideur est presque

1. Lire à Tappendice notre note sur le torse égyptien à Tétat d'ébauche, appartenant à M. Geslin.

2. Auguste Mariette, Aj^erçu de VHistoire ancienne d'Egypte, Paris. Dentu 1867. Sous ce titre, Mariette-Bey a donné l'histoire la plus complète et la plus sérieuse de l'ancienne Egypte.

une qualité, car elle affirme encore plus le caractère royal, majestueux et monumental. Mais, comme nous le verrons plus loin, dans les œuvres d'un caractère plus familier et plus vivant qu'ils ont produites plus tard, les artistes ne sont jamais arrivés jusqu'à la souplesse et à la grâce, ils n'ont jamais su faire hancher une figure. Il n'y a pas non plus dans ces œuvres le sentiment, la recherche de l'idéal. Les artistes n'en sont encore qu'à la période qui précède, à la période du réalisme, mais l'on ne peut pas dire que, sans les événements, ils ne l'auraient pas dépassée.

La sobriété et la simplicité de lignes, dans la figure dont nous venons de parler, étaient d'autant plus nécessaires qu'elle est taillée dans un bloc de diorite, roche plus dure que le porphyre ; elle offre toutes les précautions et toutes les particularités dont nous avons vu plus haut la nécessité. « A l'aide de quels moyens, dit M. Lenormant *, parvenait-on à travailler une semblable matière, dans une civilisation qui sans doute connaissait le fer, mais se refusait à l'employer par des motifs superstitieux? une vie de sculpteur devait s'y user tout entière. » C'est à ces questions que nous pensons avoir répondu. La tête de cette figure est principalement remarquable par son caractère personnel, et nul douté que l'artiste qui avait fait le modèle 'n'ait travaillé lui-même à l'exécution de cette partie.

I. Les Premières Civilisations ^paiV François Lenormant, ^874.

Status de Ch^phuin.

IV< d;na<tie. (Muife de Boulu] }

L'art monumental de TÉgypte a pris, par suite des circonstances que nous avons décrites, une raideur magistrale, une simplicité grandiose ; d'une autre part, les artistes égyptiens, surtout sous Tancien empire, nous ont laissé des productions d'un caractère privé, qui montrent les progrès dont Tart de ce pays était susceptible et de grandes qualités de réalité et de vie. De plus, qu'il s'agisse de représenter un simple particulier, on pourra employer des matériaux moins durs, moins inaltérables et, par conséquent, plus commodes pour rendre toutes les particularités physionomiques et vivantes ; n'étant plus arrêté par la matière, l'artiste, faisant ses figures en terre cuite, en calcaire, en bois, en bronze, pourra chercher le mouvement et la finesse ; et, au bout de peu de temps, nous voyons les artistes de l'ancien Empire s'affranchir de la timidité dont les Sépa, au Louvre, donnent l'exemple*.

Parmi les rares statues de la V* dynastie, M. Mariette avait envoyé, en 1867, celle de Ranefa. 11 nous a décrit cette figure avec soin, et il trouve encore là un grand progrès dans l'art. « Elle est debout, dit-il, dans l'attitude hiératique. » N'oublions pas que nous sommes en face de l'image d'un prêtre. Sa pose toute religieuse est donc toute de circonstance et n'a rien qui trahisse une formule générale enchaînant l'art de l'ancien Empire \

I. L'attitude de cette figure, surtout la pose des bras, n'a pas été reproduite dans la sculpture postérieure.

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