DEUXIÈME RENAISSANCE
Si Tart, dans les deux familles royales suivantes, ne fait pas les progrès que nous avons observés dans les époques correspondantes de Tancien Empire (la V* et la VI* dynastie), c'est que celles-ci n'avaient pas été tourmentées par des troubles politiques aussi grands que ceux qui amenèrent au trône la XIV* dynastie, une famille originaire de Xoïs.
A cette époque, nous trouvons entre autres un genre de création sculpturale piu-ement religieux. Il nous est parvenu dans ces statues de morts agenouillés, qui tiennent devant eux un naos ou petite chapelle en forme de niche, et renfermant une divinité. Les tombeaux ne contiennent
plus, comme sous Tancien Empire, des files de statuettes, mais généralement une seule et unique figure.
Sous la XIV* dynastie a lieu cette terrible invasion des Hycsos ou pasteurs, dont la conséquence fut un anéantissement artistique de plus de cinq cents ans. Les vainqueurs nous ont pourtant laissé quelques exemples de leur art, particidièrement intéressants.
Sous la XVIP dynastie se place la deuxième renaissanx:e, à laquelle les vainqueurs eux-mêmes paraissent avoir contribué. Les monuments d'Amenophis I*' sont pourtant encore d'une grande médiocrité.
La XVIII* dynastie nous conduit donc à une situation artistique analogue à celle de la IV« dynastie, sous l'ancien Empire, et à celle de la XII* dans la période précédente. Nous assistons aux mêmes progrès, et l'on serait en droit
d'espérer que la sculpture du nouvel Empire va enfin surpasser celle des époques précédentes ; . mais les faits démentent cette espérance. Les artistes repartent toujours des mêmes données générales^ obéissant aux mêmes nécessités que nous avons constatées pour les poses des statues, sauf pour les formes, qui sont moins allongées que sous le moyen Empire et moins massives que sous Tancien; la nature est moins observée, les membres sont lourds ; les têtes pourtant ont une certaine finesse.
La XIX* dynastie nous amène au despote Ramsès ; ce règne, politiquement conune artistiquement, peut se comparer à celui de Louis XIV ; le même faste, le même orgueil, les guerres continuelles, Part pompeux, froid, solennel, entraînent une décadence analogue à celle que nous avons déjà vue, quoiqu'à un degré moindre, après notre belle Renaissance. « L'art, chez aucun peuple, à aucune époque, dit très-justement M. François Lenormant *, n'a résisté à rinfluence d'un certain degré de despotisme. »
Les progrès obtenus sous Séti I*' aboutissent à une décadence complète sous les Ramsès. « Le style égyptien, dit encore M. de Rougé, conserve bien alors un certain caractère de grandeiu: ; mais il est trop souvent empreint
d'une rudesse et d'une laideur inouïes, sous les derniers princes de cette famille*. »