A L'ETAT D'EBAUCHE
u moment de faire paraître ce travail, un de nos amis, M. Geslin, architecte, ancien inspecteur du département des antiques au Louvre, très-versé dans les questions de l'histoire de l'art, a bien voulu nous montrer un petit monument égyptien qu'il possède , et nous en communiquer le dessin ci-joii\t. Ce petit torse à l'état d'ébauche appartient par sa forme svelte à la huitième dynastie, et donne un témoignage précieux de cette simplicité de moyens siu* laquelle nous avons tant appuyé dans cet ouvrage.
Cette petite figurine est en pierre tendre et taillée à l'aide d'un seul outil, évidemment pareil à celui en usage de nos jours, connu sous le nom de gouge à pierre ; c'est une lame de métal ayant un bout tranchant un peu concave et
un manche en bois. Ce qui est très-particulier, c'est que le sculpteur égyptien s'est servi de cet instrument toujours de la même manière, en taillant régulièrement de bas en haut ou verticalement. C'est ainsi, comme on peut le voir à la cambrure des reins, qu'il a terminé son travail sans déroger un instant de son procédé. Les sillons tracés par l'outil dans la pierre manquent de netteté ; ils ne semblent pas avoir été enlevés par un métal aigre comme l'acier, et tout nous parait démontrer qu'il devait être en bronze et analogue à celui trouvé par M. Wilkinson.
M. Geslin a dessiné de préférence la partie postérieure de la figure, la face montrant moins nettement la trace du procédé employé, car elle est déjà terminée par endroit à l'aide d'une pierre à grain fin remplaçant notre râpe actuelle.
Comme on le voit, ce petit torse complète heureusement ce que nous avons dit des outils à pierre tendre dans notre critique des figures de Sepa et Nesa du musée du Louvre. 11 est probable que cette ébauche a été faite comme étude ; sa petite dimension, le peu d'intérêt qu'elle pouvait offrir une fois terminée (le sculpteur s'étant volontairement borné au torse, les emmanchements étant coupés et non cassés par accident), tout peut faire croire que, différemment des modèles gradués dont nous avons parlé, nous sommes ici en face d'une étude.
De même que quelques figurines du même genre placées
Pierre tendre. XVIII* dynaiiie. DeMÎaf pu M. Golin et tiré de u collection.
dans une vitrine de la première salle égyptienne du Louvre,
le petit torse porte des marques de repère ou de division,
attribuée par plusieurs savants à l'adoption d'un canon. Dans
sa dernière brochure, M. Lepsius, revenant sur cette
question, pense que les carreaux sont la représentation des
mailles d'un filet placé sur l'objet à imiter, pour aider ainsi
à l'exactitude de la copie. Nous ne partageons pas cette
opinion, et nous persistons à voir de simples repères dans
toutes les indications de ces statuettes.
Nous n'avons pas besoin d'insister sur l'étrangeté du
procédé de taille longitudinale que démontre le petit torse ébauché ; un pareil travail fait de l'artiste une machine comprenant bien la silhouette, mais ne sentant pas l'enveloppe de la forme, et ne peut engendrer qu'une exécution împarfaite»
Le petit monument de M. Geslin est assurément un des exemples les plus rares et les plus intéressants pour l'histoire de l'art égyptien.