‹ La sculpture égyptienneChapitre 7 sur 46 · FAUSSES ASSERTIONS GRECQUES · texte numérisé non relu

FAUSSES ASSERTIONS GRECQUES

bon et Platon. Ampère a démontré qu'il fallait revenir sur l'expression de caste égyptienne indiquée par les Grecs, et adopter celle de corporations. On pourrait multiplier sans

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fin les exemples de fausses assertions grecques. On nous objectera que Platon aussi, dans sa jeunesse, visita les bords du Nil. Soit ; mais on n'est même pas certain que le passage que nous avons cité soit de lui. Nous savons par

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les témoignages d'Aristote et de Plutarque que le Traité des lois fut écrit pendant les dernières années de ce philosophe et terminé par Philippe d'Opunte, son secrétaire. Quelques critiques ont même prétendu que ce livre était entièrement de la main de ce dernier, fait d^autant jplûs important que Philippe d'Opunte n'a pas, à ce que nous sachions, voyagé en Egypte. La seconde moitié du passage de Platon, que nous avons cité, avance du reste un fait dont Tinexactitude sautera tout d'abord aux yeux de quiconque a étudié de près la sculpture égyptienne. Dire qu'elle n'a jamais été- ni plus ni moins belle, c'est n'avoir jamais comparé les statues de l'ancien empire avec celles du nouveau ; dire que les statues égyptiennes ont toujours été faites d'après les mêmes règles est aussi une erreur manifeste. Nous espérons le démontrer plus tard. Et pourtant nous n'avons que des monuments d'une période de trois mille ans antérieiu-e à Platon ; tandis que celui-ci veut étendre à un espace de dix mille années cette uniformité qu'il proclame.

Maintenant, à l'époque où vivait Platon, existait-il une formule et des lois sculpturales absolues? Cela est trèspossible, probable même. L'Egypte d'alors était en proie aux dominations étrangères, à leur influence et à une grande décadence artistique. Tout le pouvoir était tombé dans les mains des prêtres, et il n'y a rien d'étonnant à ce qu'ils aient créé une sorte de conservatoire de l'art national,

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moyen qui, en tout cas, fut tout à fait impuissant. Des modèles de sculptures ont pu être déposés dans les temples, pour Tusage des copistes, forcément très-nombreux en Egypte, les procédés de reproduction mécanique et de moulage n'y étant pas connus. Du reste, la répétition uniforme du même type et des mêmes modèles est une chose qui s'est faite à presque toutes les époques, sans qu'on en puisse tirer pour cela des conséquences absolues. Encore aujourd'hui nous avons des images religieuses reproduites par le moulage et recopiées par millions d'exemplaires. Sous le règne de Napoléon III, par exemple, il était défendu de prendre comme représentations officielles du souverain d'autres copies que celles faites sous la surveillance et le contrôle de l'Etat, d'après les portraits de Winterhalter. On ne peut pas dire cependant que l'art religieux et le goût public aient été enchaînés à cause de cela.

Les meiUeurs artistes égyptiens furent naturellement employés par les prêtres, qui leur indiquaient et leur donnaient pour modèles les attributs et symboles les plus importants ; toutefois ces modèles durent nécessairement être renouvelés à mesure que se produisaient des modifications politiques et religieuses. De là un certain mouvement artistique dont nous retrouvons du reste la trace dans les variétés et dans la perfection plus ou moins grande des statues, suivant les temps et les localités. Maintenant, comme nous l'avons dit, l'époque à laquelle Platon a pu visiter

REPRODUCTION DE MODÈLES. n

l'Egypte n'est pas celle qui offre le plus d'intérêt ; il y voyagea dans un temps de décadence constatée, qui ne peut servir d'exemple pour établir une théorie générale de l'art égyptien. Enfin ce ne sont pas les assertions plus ou moins suspectes des voyageurs grecs qui font loi dans la science; c'est aujourd'hui l'étude des monuments eux-mêmes.

C'est en les étudiant que nous allons chercher les causes du style particulier de l'art égyptien.

Quelles furent donc les raisons qui poussèrent les sculpteurs de ce pays à choisir cette manière abstraite, sans mouvement et, comme on l'a dit, presque algébrique, d'imiter les formes humaines et animales, si cette timidité sculpturale n'est pas l'unique résultat d'une idée primitive encore obscure et suivie par une tradition hiératique ? Telle est la question à laquelle nous espérons répondre par l'examen des événements, des mœurs, de la vie sociale, ainsi que des procédés de travail des artistes, des matières employées par eux et des motifs qui les leur ont fait choisir.

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