CHAPITRE IX
GRÈCE
Autrefois et aujourd'hui. — L’Art de terre , par Bernard Palissy. — La section grecqu ■ au Champ de Mars. — M. L. Drossis : l'Histoire; Alexandre. — M. D. Philippotis : Moissonneur ; Pêcheur. — M. Chalepas : Satyre. — M. G. Yroutos : Achille; Fronton des Luttes olympiques; l’Esprit de Copernic.
Les sculpteurs grecs — je veux dire les sculpteurs d’Athènes nos contemporains — ont dû lire l’ouvrage de Bernard Palissy, F Art de terre. « Vois -lu pas, écrit le célèbre potier, combien la moulerie a fait dommage à plusieurs sculpteurs sçavants, à cause qu’après que quelqu’un d’iceux aura demeuré longtemps à faire quelque figure de prince et de princesse, ou quelque autre figure excellente, que si elle vient à tomber entre les mains de quelque mouleur, il en fera si grande quantité que le nom de l’inventeur, ni son œuvre ne sera plus connue, et donnera à vil prix lesdites figures à cause de la diligence que la moulerie a amenée, au grand regret de celui qui aura taillé la première pièce. » Telle est l’opinion de l’inventeur des rustiques figulines sur la
diffusion des œuvres sculptées. Et vraiment, nous avons besoin de nous souvenir que l’intelligence humaine est toujours courte par quelque endroit pour pardonner ces lignes à maître Bernard.
Que penser des sculpteurs grecs d’aujourd’hui qui, sans méthode, et souvent sans inspiration, tentent de sculpter le paros et le pentélique après les maîtres qui les ont précédés ? Combien nous aurions mieux aimé quelque moulage des restes antiques recueillis dans le Musée d’Athènes ou gisant au pied de l’Acropole! Ces débris ne sont-ils pas leur bien? Ce que les aïeux ont laissé appartient aux fils. Et l’Europe eût applaudi au culte filial des Hellènes renonçant à surpasser les Grecs, désespérant même de les suivre, mais jaloux de les faire aimer en plaçant sous nos yeux la fidèle image d’une œuvre éternelle, jeune après dix-huit siècles de vie.
Mais ils avaient lu l’Art de terre, et les anathèmes de l’émailleur saintais contre la moulerie les ont effrayés .
Nescio quid pavidum frigore pectus habet.
Et dans leur vain espoir de reprendre la trace de Phidias, ils ont offert à nos regards des marbres diminués ! C’est la statue de V Histoire par M. L. Drossis, assise, drapée à l’antique, peut-être fille de Tacite, non de Thucydide, car son type rappelle les Transteverines. Alexandre , par le même artiste, se tient debout; son attitude n’est pas sans fierté, mais la poitrine manque de proportions.
Il est des alliances que le goût le plus élémentaire répudie. Que fait ce chapeau moderne sur la tête du
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Moissonneur antique de M. Philippotis ? Il fallait habiller le personnage s’il a quelque chose à craindre des ardeurs du soleil. Le Pêcheur de M. Philippotis est une œuvre bruyante.
M. Chalepas a fait preuve de savoir dans son groupe du Satyre qui maintient un Amour renversé sur son genou et l’agace en lui montrant un raisin. Ce qui distingue cette composition, c’est la hardiesse. On sent aisément que l’artiste s’est appliqué à exprimer la vie dans un marbre personnel. La tête et le cou du satyre méritent l’éloge.
Des bustes exposés par M. G. Yroutos, c’est celui d 'Achille que nous préférons. La douleur et la force y sont résumées avec énergie. Mais que dire du Fronton des Luttes olympiques où les personnages groupés deux par deux ont été comptés d’une main avare ? Le champ du haut relief apparaît sur des points nombreux, et le nu delà muraille nous rappelle à la réalité : l’arène est vide; les jeux olympiques ont vécu.
Nous serons moins sévère pour la statue que M. Vroutos a désignée sous le titre l’Esprit de Copernic. Ce n’est pas que ce marbre élégant soit exempt d’étrangeté. Un éphèbe, un génie, les ailes éployées, les jambes en l’air, s’est abattu sur une sphère qu’il enlace de son bras, et son regard rassuré, joyeux, trahit le contentement de la pensée, et les draperies montantes indiquent la vitesse du vol de haut en bas. L’image est singulière, il faut le reconnaître, et nous ne voudrions pas la citer en exemple. Elle se comprend cependant. Une idée se dégage naturellement de cette figure ailée, embrassant une sphère aérienne avec laquelle elle plane emportée à travers
l’espace. Vous souvient-il de l’étoile du matin, dont le poëte a si bien dit :
Elle s’est élancée au sein des nuits profondes,
Mais une autre l'aimait elle-même — et les mondes Se sont mis en voyage autour du firmament.
M. Yroutos a su trouver de belles lignes dans l’agencement de sa statue, qui nous a rappelé le Dauphin de la collection Farnèse, aujourd’hui au Musée Borbonico, portant et enveloppant de sa queue un Amour ailé, tenu la tête en bas. Mais dans Y Esprit de Copernic, la figure n’est point captive ainsi que dans le marbre romain, et l’élan qu’elle met à s’attacher à la sphère est un ingénieux symbole de la persévérance du chanoine astronome de Frauenburg. On sait en effet que Copernic durant toute sa vie s’occupa du mouvement de la terre, et c’est seulement sur son lit de mort qu’il reçut des mains de Rheticus, son disciple, le premier exemplaire de son impérissable travail : De Revolutionibus corporum cœlestium.
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